Vivre et accompagner le deuil en période d’épidémie COVID-19

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Vivre et accompagner le deuil en période d’épidémie COVID-19

Cette année, les deux premiers jours de novembre – fête de Toussaint et jour des défunts – ont une tonalité particulière et paradoxale. La mort est à la fois présente dans les statistiques sanitaires quotidiennes mais les rites de deuil ont aussi été confisqués pour beaucoup de familles.

Est-il possible de « faire son deuil » quand les rituels ont été confisqués ?

Alors que 80 % des décès surviennent en France en institution – établissements médico-sociaux et hôpitaux – l’accompagnement des derniers instants est très souvent délégué aux professionnels de la santé. Cette médicalisation de la fin de vie montre à quel point la mort nous est devenue étrangère. La psychologue Marie de Hennezel décrit les conséquences du déni de la mort. Aux niveaux individuel et collectif, ce déni appauvrit nos vies car il entretient l’illusion de la toute-puissance scientifique et technologique qui pourrait un jour avoir raison de la mort. Ce déni est aussi responsable d’une perte d’humanité, car il conduit à ignorer tout ce qui relève de la vulnérabilité. Une angoisse collective face à notre condition d’être humain vulnérable et mortel vient de ce que la mort est cachée dans notre société contemporaine.

La gestion de l’épidémie de covid-19 révèle qu’il est difficile de trouver le bon équilibre entre l’exigence sanitaire de protéger les personnes de la contagion et les conséquences psychologiques et sociales que les rites de deuil escamotés peuvent entrainer.

En effet, la peur de la contagion par les corps des patients défunts ainsi que le manque crucial de matériel ont empêché beaucoup de familles de pouvoir honorer le corps de leurs proches. Dès le début de la pandémie, le corps des patients décédés, déclarés ou suspectés COVID 19, étaient placés dans une housse hermétique fermée définitivement et mis en bière sans que la famille ne puisse les revoir. Ce sont des deuils qui ressemblent à des disparitions et l’on sait que plus la mort est subite, plus le processus de deuil est compliqué. Le fait de ne pas avoir pu dire « au-revoir » peut entrainer des sentiments de culpabilité, de tristesse, de colère et un vécu dépressif.

Comment retrouver peu à peu le goût de la vie ?

L’avis relatif à la prise en charge du corps d’un patient cas probable ou confirmé COVID-19 du 24 mars 2020 du Haut Conseil de la Santé Publique est venu assouplir cette pratique. Elle permet en effet aux proches de pouvoir revoir le visage de leur proche décédé, en respectant les normes sanitaires. « L’Adieu au visage » de la personne défunte, permet de prendre conscience que la vie s’en est allée de ce visage, mais aussi de garder en mémoire le visage de la personne aimée. C’est le point de départ d’un chemin de deuil. Faire mémoire des défunts, c’est prendre conscience que nous sommes en vie, c’est aussi reconnaître l’héritage humain reçu qui nourrit nos vies.

En ce mois de novembre bien particulier, prenons le temps d’honorer les défunts en les évoquant – au téléphone si nous sommes confinés et éloignés – sans appréhension de dire leurs prénoms, en rappelant les souvenirs partagés avec eux. Prenons aussi des nouvelles de ceux qui ont vécu un deuil récent ou plus ancien.

« Parler la mort » permet de puiser des forces de vie. C’est pour y contribuer que, dans ce contexte inédit, des écoutants du service SOS Fin de vie participent à la plateforme nationale d’écoute « Mieux traverser le deuil » 24h/24 pour venir en aide aux personnes endeuillées. Cette plateforme propose deux parcours en ligne : « 10 jours pour honorer un proche » et « 5 jours pour accompagner un proche endeuillé ». L’inscription gratuite à ces parcours en ligne permet de recevoir chaque jour une vidéo et des conseils pour avancer sur le chemin de deuil.

 « Être écouté, c’est déjà guérir un peu » disait une personne endeuillée. Le service SOS Fin de vie vous propose un espace d’écoute au téléphone 0142713294 et par mail : ecoute@sosfindevie.org

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