dignité fin de vie

« J’ai peur qu’il perde sa dignité »

Comment vivre chaque jour en pensant aux mois à venir avec angoisse ? Comment enlever de sa tête les images de déchéance. Qu’allons-nous faire quand mon proche ne pourra plus se lever, s’il devient incontinent… ? 

Devant la fragilité croissante d’un malade en fin de vie, l’on peut craindre d’assister à une déchéance et s’interroger sur la perte de sa dignité.

Or la dignité n’est pas quelque chose qui s’altère en fonction de la validité, de l’utilité ou de la rentabilité d’une personne.

Même affaibli, un être humain reste toujours une personne à part entière. Il ne dépend que de vous de l’aimer toujours. Qu’elle soit debout ou alitée, autonome ou dépendante, forte ou fragile, ayant « toute sa tête » ou ayant « perdu la tête »…

Poser un regard de dignité

Une altération physique, une perte de ses capacités motrices ou intellectuelles, une fatigue croissante sont des symptômes qui peuvent arriver. Cela ne lui enlèvera en rien sa dignité. C’est dans votre regard qu’il pourra s’en persuader : « je compte toujours aux yeux des miens, quel que soit mon état ».

Un homme ayant longtemps souhaité être euthanasié, par peur de sa déchéance, disait finalement à son fils juste avant de mourir paisiblement en soins palliatifs : « je ne savais pas qu’on pouvait m’aimer tel que j’étais« …

Il reste vrai que le regard que vous portez sur une personne peut voiler, cacher, obscurcir cette dignité. Votre regard « voile ou dévoile » sa dignité, mais sans jamais la détruire ou la supprimer.

Cela nécessite un gros effort de votre part. Ce n’est pas toujours facile de regarder une personne malade dans les yeux, avec le même sourire qu’auparavant. Il ne s’agit pas de lui mentir et de lui dire « tu n’as pas changé« .  Il s’agit d’être prévenant, de noter justement ces changements, par exemple : « aujourd’hui je te sens fatigué, que puis-je faire pour toi ? » Ou : « aujourd’hui tu as l’air plus reposé, tu as passé une bonne nuit ? »

Vous pouvez également poser des gestes simples, signe de respect et de tendresse pour cette personne. A travers des gestes simples comme la recoiffer d’un geste affectueux, s’assurer qu’elle est habillée décemment, lui apporter les objets de son confort (lunettes, verre d’eau, journal,…), repositionner un coussin, etc.

Mettre de la bienveillance dans ses gestes

Si cette personne est l’un de vos parents, quand il devra avoir des couches, si cela arrive, juste se souvenir de ce qu’il a fait pour vous quand vous étiez enfant. Maintenant, c’est lui qui a besoin que vous le fassiez pour lui. C’est la roue des générations qui tourne. Ce ne sera probablement pas vous qui vous occuperez de le changer, car il y a des aides médicales pour cela. Vous aurez peut-être une partie de sa toilette à faire un jour. Selon le regard que vous porterez sur cette tâche, vous pourrez y arriver plus facilement que vous ne le pensez aujourd’hui.

Les soins que l’on apporte aux personnes qui en ont besoin, quand il y a de l’amour, se font naturellement. Et en échange, on reçoit beaucoup par le regard échangé, par un sourire, par le sentiment d’être à la bonne place et de faire ce qu’on a à faire.

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1 commentaire sur “« J’ai peur qu’il perde sa dignité »

  1. je viens de trouver par hasard votre site, j’en suis très émue et je vous remercie.
    pour moi la dignité est une qualité morale et non une situation physique.
    je suis toujours étonnée que l’on puisse parler de « mourir dans la dignité » lorsque la fin de vie , ou simplement la vieillesse , est accompagnée de la perte de l’autonomie et demande alors des soins de propreté qui sont considérés comme une déchéance honteuse. Nous redevenons alors des enfants dans nos besoins; il est normal de laver et de nourrir un nourrisson, et les parents s’occupent de leurs enfants pendant plusieurs années. Actuellement les parents ne veulent pas que leurs enfants leur rendent ce qu’ils leur ont donné. La solidarité entre les générations n’existe plus, en dehors de toute question pécuniaire.
    Lorsqu’un enfant nait avec une maladie génétique rare, que l’on sait que sa vie va être éventuellement un calvaire (maladie telle que celle des enfants de la lune, ou l’epidermolyse bulleuse) il ne vient à personne l’idée de l’euthanasier mais, si plus tard il ne supporte plus sa maladie, pourra-t-on l’assister dans un suicide?
    quelle est la valeur de la vie? on ne mesure pas à la même aune le souffle d’un enfant et celui d’un vieillard, ou d’un malade. La première est sacrée, la deuxième non.
    les enfants malades donnent une leçon de vie et de courage, ils sont plus résistants moralement face à leurs conditions de vie, leurs souffrances. Ils n’ont pas cette fausse valeur de dépendance, de déchéance, ce que, dès que l’on devient adulte, on appelle la « dignité » alors que ce n’est qu’un échange d’amour.
    je vous remercie de m’avoir lue
    Lucette BG

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