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Le service de l'hôpital des Diaconesses, Paris XIIème

"La Croix", 27 juin 2002.

"D’une main tremblante, Eve repousse son fauteuil, se lève et fait quelques pas autour de son lit. L’équilibre est précaire, la progression timide. Mais Eve sourit. Elle est debout. Rien à voir avec l’état dans lequel, le 4 avril dernier, ce professeur d’allemand de 58 ans est arrivée dans le service de soins palliatifs de l’hôpital des Diaconesses, dans le 12ème arrondissement de Paris. « Elle en pouvait plus parler ni marcher, elle dormait tout le temps », se souvient son mari. Aujourd’hui, Eve refait des projets. Car, en accord avec l’équipe médicale, il est prévu que, sitôt consolidée, elle retourne chez elle.
Le phénomène est peu connu, et pourtant, il n’est pas rare que des patients admis en soins palliatifs en ressortent, retapés, pour un « bonus » de vie pouvant aller de quelques semaines à quelques mois, voire davantage. Ces rescapés, en augmentation constante, représenteraient aujourd’hui selon les médecins, de 15 à 25 % des patients accueillis après échec et abandon d’un traitement curatif. Ils font mentir l’idée, communément admise, que l’on ne viendrait en palliatif « que » pour y mourir. Comme le dit le Dr Gilbert Desfosses, le Chef de service, « les soins palliatifs, ce n’est pas tenir la main et attendre la mort ! Ce sont des soins attentifs ».

Ces malades sont les premiers étonnés de se voir ainsi ramenés du côté de la vie. La rémission apparaît d’autant plus spectaculaire et inattendue qu’elle survient après une brusque dégradation de l’état général. Le cancer dont Eve est atteinte dure depuis quatre ans. Quatre ans émaillés de rétablissement, puis de rechutes de plus en plus invalidantes. Du côlon, le mal s’est attaqué au foie, aux poumons puis au cerveau. Un jour, Eve s’est retrouvée incapable de lacer ses chaussures. Et puis elle a perdu ses repères, ne sachant plus où elle se trouvait, ni quel jour on était. Son mari l’a vu « ne plus arriver à faire des phrases, parler de façon incohérente ». Il s’est entendu dire par le cancérologue : « Cette fois, nous sommes battus à plates coutures ! » Il s’est senti abandonné. « On nous avait annoncé une nouvelle chimiothérapie puis, du jour au lendemain, on m’a dit : « votre femme, on l’envoie en soins palliatifs. » Pour moi, c’était la fin. »

Eve est arrivée inconsciente. L’équipe médicale a changé les traitements et, assez vite, son état s’est amélioré. Peu à peu, tout est revenu. Et il y a trois semaines, elle a pu reprendre une nouvelle chimiothérapie. « Je n’aurais jamais imaginé ça », dit-elle. Elle ne s’explique pas cette renaissance, mais avec son mari, observe qu’ici « tout le monde est doux, attentionné, disponible. Les gens sont à l’écoute des esprits. » (…)
C’est l’un des secrets de la réussite, explique le Dr Gilbert Desfosses : «  Il y a des gens qui meurent très vite, et d’autres qui, une fois bichonnés, repartent pour plusieurs mois. » Tout se passe comme si les soins palliatifs prenaient la place de la bonne mère, offrant aux patients un soutien global, à la fois physique et psychique, se mettant à l’écoute de leurs angoisses et permettant in fine au désir de vie de reprendre le dessus.
L’amélioration des chimiothérapies et le rééquilibrage de certains traitements sont deux autres facteurs déterminants. "Ce que l’on prend parfois pour des fins de vie sont des surdosages de morphiniques, poursuit Gilbert Desfosses. Si l’on corrige la dose, les patients se relèvent, remarchent, recommuniquent. Et puis, repérer la phase terminale des maladies est de plus en plus difficile. Beaucoup de cancers deviennent chroniques qui, autrefois, dégénéraient rapidement. Je connais ainsi une femme qui vit depuis quatre ans avec un lymphome (cancer de la lymphe). Auparavant, elle n’aurait pas vécu plus d’un an."

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