L'unité de l'hôpital Paul-Brousse,
Villejuif
"Impact Médecin Hebdo"n°487,
7 avril 2000.
"Un pavillon de verre et de béton, juste à
l’entrée. Disposées en carré, les
dix chambres individuelles sont toutes occupées. La
plupart ont les portes ouvertes. « A la demande
expresse des malades, même si ça choque certains
visiteurs de voir des mourants », explique le Pr
Michèle Salamagne, directrice de l’unité
de soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse
(Villejuif). « En dix ans, 2165 personnes en fin
de vie sont passées par ici, ce n’est pas rien.
(…) Comme tous les mercredis vers midi, réunion
du staff. Chaque malade est passé en revue, un par un.
On parle de M. X, de Mme Y, pas du « sarcome »,
ni de « l’hépatite de la chambre 3 ».
Il a mal dormi, son fils est angoissé, elle est en colère,
le ressenti fait partie intégrante du tour de table.
La plupart des admissions concernent des malades lourds (…),
avec une durée moyenne de séjour de trois semaines.
Les arbitrages thérapeutiques sont rendus cas par cas.
(…) « L’abstention thérapeutique
réfléchie n’est pas un abandon mais répond
au souci d’éviter son contraire, l’acharnement,
chez des patients atteints d’une maladie évolutive
mortelle à un stade avancé », explique
le Dr Sylvain Pourchet, un des trois médecins du service. « Chez
ces derniers, l’inconfort lié à une médication
pèse plus dans la balance. (…)
Dès l’admission, un contrat de soins régulièrement
révisé est négocié avec la malade,
le médecin et un proche. L’existence d’un
seul dossier annoté par les médecins et les infirmiers
facilite la circulation d’information dans cette équipe
multidisciplinaire. L’approche globale palliative constitue-t-elle
une alternative à l’euthanasie ? « Tous
les patients atteints d’une maladie évolutive
mortelle expriment à un moment ou à un autre
le souhait de mourir. Ce n’est pas pour autant une demande
d’euthanasie. Leur lucidité est altérée.
Le lendemain, ils peuvent exprimer l’espoir de guérir.
Dans les deux cas, on ne peut respecter leur demande. Poser
le non au départ constitue un repère pour ouvrir
la discussion et le cheminement personnel. Ce n’est pas
disqualifier une vraie demande mais chercher ce qu’il
y a derrière, l’aboutissement d’un raisonnement
cohérent », estime le Dr Pourchet.
Soulager la douleur physique est neuf fois sur dix possible
en moins de vingt-quatre heures. « Face à la
douleur totale, irréductible, reste la sédation,
une solution pour éviter la précipitation dans
ces cas extrêmes insupportables, heureusement exceptionnels »,
complète le Dr Sylvie Rostaing, anesthésiste
en stage à l’unité de soins palliatifs.
Soulager la souffrance globale liée à la fin
de vie implique aussi le soutien des proches. Lit d’appoint,
plages horaires de visites très souples, disponibilité des
soignants, aide sociale, groupes de paroles animées
par des psychologues, réseau de bénévoles :
petit à petit, un maillage s’est constitué autour
de l’unité de soins palliatifs. Il n’y a
pas si longtemps, la filière palliative n’était
pas très courue par les médecins. Aujourd’hui,
la demande tant d’étudiants que de médecins
généralistes et spécialistes dépasse
l’offre qui, pourtant, ne cesse de croître."
 
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