L'unité de soins palliatifs de l'hôpital
de Saint-Malo
Reportage de "Bas les masques", 2
novembre 1994.
"A l'hôpital de Saint-Malo, une vingtaine de lits
sont réservés à ceux, jeunes ou moins
jeunes, que l'on ne peut plus guérir. Mais, pour cette équipe
médicale, pionnière en matière de soins
palliatifs en France, ce n'est pas une raison pour arrêter
de soigner, bien au contraire. Pour ceux qui arrivent en fin
de vie, l'objectif est d'abord de calmer la douleur. Ici, la
morphine (…) est savamment dosée selon le patient.
Mais une fois la souffrance physique calmée, il s'agit
d'offrir un confort de vie et une écoute maximales, à travers
chaque instant de la vie quotidienne.
Lily, infirmière : "C'est vrai qu'il y a des gens
qui demandent la mort, ils désirent mourir parce qu'ils
souffrent. Mais à partir du moment où vous arrivez à supprimer
la douleur, vous pouvez leur redonner un peu goût à la
vie, c'est-à-dire que vous améliorez le peu de
vie qui leur reste. Mais en fin de compte, c'est une qualité de
vie qu'il faut leur donner, aussi courte soit-elle. Et cette
qualité, c'est pouvoir à nouveau parler avec
leur famille, à nouveau communiquer avec l'entourage,
recommencer à manger, à parler, enfin revivre
le convivial, ce qui est agréable."
Loin d'être des intrus, les familles et les amis sont
encouragés à venir dans le service. Ils peuvent
rester dormir dans les chambres, manger sur place, et pour
se détendre, un salon équipé grâce à des
dons privés leur est spécialement réservé.
Et lorsque les familles craquent, sont absentes ou trop loin,
le relais de l'écoute est pris au chevet des malades
par des bénévoles. Avec pour eux comme pour l'équipe
des soignants, une règle d'or : ne pas mentir au patient.
Rose, une autre infirmière : "Ne pas dire de mensonge
au malade, ça ne veut pas dire qu'on va leur jeter la
vérité à la face. Certains nous disent
: "je vais mourir". A ce moment-là, je leur
demande : "Vous avez peur de la mort ?". S'ils me
disent oui, alors, je leur dis "On peut en parler",
et à ce moment-là, ils peuvent en parler."
A force de regarder la mort en face, au rythme de 200 décès
par an, le personnel, bien sûr, n'en sort pas indemne.
Pourtant, l'ambiance ici n'a rien d'un mouroir. Car on a appris à s'écouter, à se
parler, à partager. Le taux d'absentéisme du
service est le plus faible de tout l'hôpital. Pour évacuer
le trop plein d'émotion, chaque semaine, toute l'équipe,
de l'aide-soignante au médecin se retrouve pour une
réunion de deuil. Là, on se raconte les décès
survenus, on y parle peu technique, mais beaucoup de relations
humaines.
Adoucir la fin de la vie, accompagner jusqu'au bout, c'est
selon les soignants, un travail exigeant, mais aussi gratifiant
car il répond à un besoin fondamental : celui
de rendre à chacun sa mort dans la dignité.
Vanessa, infirmière : "Souvent, ils choisissent
l'instant de mourir, selon ce qu'ils avaient à dire à leur
famille, leur fils, leur fille… Souvent, ils attendent
l'arrivée d'enfants qui habitent loin, par exemple,
pour enfin être très très présents à cet
instant-là, et après lâcher prise. Et ça,
c'est très fréquent. Ils partent tranquillement,
on se rend compte à ce moment-là que les gens
partent beaucoup plus sereins."  
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