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"Une aventure douloureuse, mais si douce..."

Agathe de Laboulaye, Le "Figaro", 7 juin 2002.

Auparavant, Agathe de Laboulaye appelait cela des mouroirs, des "J moins 30".
Comme tout le monde. Et puis en 1998, son père a été admis à la maison Jeanne Garnier, où il a passé le dernier mois de sa vie. Luttant depuis un an contre un cancer survenu très brusquement à l’âge de 58 ans, il venait de renoncer aux soins curatifs, redoutant l’acharnement thérapeutique.

"Lorsqu’il a choisi de laisser venir la mort, ma famille et moi étions si bouleversées, qu’on s’est méfié. On ne voulait pas le voir finir dans un tel endroit. (…) Le cheminement que nous avons vécu avec lui, épaulés par les bénévoles et les soignants, a peu à peu dissipé la souffrance et la peur. Il a décidé de faire venir tous ses amis à ses côtés pour leur dire combien il les aimait. Et, au cours des visites que je lui faisais chaque soir, on a appris à parler de sa mort, à s’écouter, même dans des instants de silence. (…)

Nous avons eu des fous rires jusqu’au dernier jour. Il nous est même arrivé de parler ensemble de son enterrement. Surtout, ces dernières semaines ont été l’occasion d’apprendre à nous dire des mots simples mais vrais, sans rougir. J’étais là au moment où il est parti. Ce jour-là, je me suis rendu compte que cet accompagnement, s’il n’a rien changé à l’issue, a permis à mon père de partir en se sachant aimé. Aimé pour lui-même et pas seulement pour le personnage qu’il était au cours de sa vie. (…)
Je sais aujourd’hui que nous avons tous vécu, ce dernier mois, une aventure certes très douloureuse mais aussi incroyablement douce."

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