"Le couloir de la mort est en fait
un couloir de vie et d’humanité"
Florent, "Nord Eclair", 23 mai 1999.
Florent a accompagné l''un de ses proches, dans
l'unité de soins palliatifs du centre hospitalier de
Roubaix.
"L’arrivée, le premier jour, nous l’avons
ressentie comme le coup de grâce. Nous faisions nos
premiers pas dans un couloir qui nous semblait le couloir
de la mort. Nous avons découvert le couloir de la vie,
un couloir d’humanité.
Durant deux mois, nous avons monté les escaliers, souvent
le cœur battant, redoutant un coup dur. Et durant deux
mois, chaque fois, nous avons été accueillis
par le sourire de l’équipe médicale. C’est
peu de chose, un sourire, mais c’est tant quand parfois
le chagrin vous étreint.
Nous étions entourés de professionnels, certes,
mais de professionnels qui considèrent qu’un malade
est une personne à part entière, jusqu’au
bout. Ici, pas non plus de charabia : ces professionnels
ne laissent personne dans l’ignorance, ni dans l’incompréhension.
Jour et nuit disponibles, ils ne vous abandonnent pas quand
les choses deviennent cruelles. Et ils ne se voilent pas la
face et ne cherchent pas à voiler la vôtre. Mais
ils demeurent toujours à l’écoute. Et s’efface
ainsi la solitude. Ils savent se faire discrets et ils laissent
toujours la vie avoir sa place, là où des étincelles
de petits bonheurs peuvent encore briller.
Ils nous ont aidé à gravir un chemin d’embûches
et de chagrin. Par leur façon de faire, nous avons réappris à dire « je
t’aime », d’un mot, d’une caresse,
d’un sourire. Grâce à eux, notre malade
a cheminé dans la paix, dans l’amour et surtout
sans souffrance. Comment dire les innombrables petits gestes
pour rendre le quotidien agréable ? Comment dire
cette infirmière passant 20 minutes pour trouver la
position idéale d'un oreiller ? Comment dire le
réconfort apporté par cet aide-soignant, dans
les derniers moments, restant tout simplement à nos
côtés près du lit ?
Nous avons changé. Le couloir de la vie est en nous
aujourd’hui. Indéfectiblement. Les mots sont pauvres
pour traduire ce que nous ressentons. « Accompagner » est
sûrement le plus beau. Nous nous sommes tous accompagnés,
malade, professionnels, famille, amis, bénévoles.
Et au delà de la lourde absence, ce compagnonnage nous
laisse dans le cœur un goût de douceur, presque
de sérénité.
A travers ce témoignage, nous voulons aussi dire qu’il
est aujourd'hui anormal de mourir dans la solitude et la souffrance,
quand il existe des structures aussi chaleureuses."

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