"Mon père a même pu réaliser
un dernier rêve"
Isabelle Loubier, "Les derniers jours de mon père
à la maison",
"Le Généraliste" n°1949, 28 mai
1999.
Isabelle raconte ici les sept mois durant lesquels elle
a accueilli son père chez elle. Une période
qu'elle juge « intense et enrichissante ».
Un témoignage qui s'inscrit dans l'esprit des soins
palliatifs à domicile.
"Le père d’Isabelle Loubier est décédé
en mars 1999. (…) Arrivé à un stade avancé
de son cancer, le vieux monsieur n’avait d’autre
perspective que finir ses jours à l’hôpital,
seul. Le rapprochement avec sa famille s’est effectué
en deux étapes. Dans un premier temps, il a été
transféré d’un hôpital du Nord-Pas-de-Calais
à un établissement de la région parisienne.
Puis sa fille a réclamé l’hospitalisation
à domicile.
L'aide précieuse de toute une équipe
Aussitôt dit, aussitôt fait. « Nous ne
nous sommes occupés de rien. Le matériel nécessaire
et le lit sont arrivés chez nous. Mais, malheureusement,
nous n’avons pu choisir l’hôpital dont nous
dépendions », souligne Isabelle Loubier. A l'époque,
la jeune femme était enceinte et ne travaillait pas.
Elle a pu organiser sa vie de famille autour de son père
malade, sans être obligée d’embaucher du
personnel à ses frais. Une infirmière et une
aide-soignante se relayaient au chevet du malade. Une psychologue
et un médecin généraliste lui rendaient
visite régulièrement.
Sur les recommandations de l’équipe médicale,
un bénévole des Petits Frères des Pauvres
venait discuter avec le malade. Pour Isabelle et son père,
ces visites étaient extrêmement importantes.
Elles permettaient de sortir du milieu familial et d’introduire
« quelqu’un de l’extérieur ».
Le patient réclamait, en effet, une grande disponibilité
; il craignait de rester seul : « L’angoisse de
la mort était très présente en lui. Il
souhaitait quelqu’un en permanence à son chevet
», se souvient Isabelle. D’emblée, son
père s’est parfaitement entendu avec le représentant
des Petits Frères des Pauvres. Ce nouvel ami lui a
même permis de réaliser un dernier rêve
: reprendre la photo. Ensemble, ils avaient aménagé
un mini labo dans l’appartement de la famille Loubier.
Isabelle se souvient de ses sept mois comme d’un période
« très intense et enrichissante » : «
J’ai découvert des facettes de mon père
que je ne connaissais pas. J’ai vécu le fait
qu’il soit mort à la maison comme quelque chose
de naturel. Cela m’a apporté de la sérénité.
Sinon, j’aurais culpabilisé sur plein de choses.
»
Les difficultés rencontrées
La jeune femme pointe, cependant, un certain nombre de difficultés.
Peu de temps avant sa mort, son père, dont la santé
s’était brutalement dégradée, a
dû être hospitalisé dans un établissement
éloigné. Isabelle qui venait d’accoucher
d’une petite fille (à domicile, sous les yeux
de son père !) ne pouvait lui rendre visite aussi souvent
qu’elle le souhaitait. Ce fut un moment très
dur : « Il se sentait très seul. J’ai vraiment
regretté qu’il ne puisse être hospitalisé
plus près de chez nous, afin d’assurer la continuité.
»
Mère de deux jeunes enfants, elle ne pouvait accorder
à toute sa famille la même attention, ce qui
provoquait parfois des tensions. A long terme, il aurait fallu
embaucher une personne qui reste en permanence au chevet du
malade. (…) Enfin, Isabelle regrette certains points
de l’organisation de l’équipe médicale
qui s’occupait de son père. Les infirmières
et les aides-soignantes qui se relayaient n’étaient
pas toujours les mêmes. Conséquence : la qualité
des relations qu’elles entretenaient avec le patient
était inégale. Par ailleurs, la jeune femme
estime qu’elles n’étaient pas assez formées
à l’accompagnement en fin de vie."

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