"Chaque jour est un cadeau"
Madame d'A., "La Vie", n°2931, 31 octobre
2001.
"Un peu de fond de teint. Une touche de rimmel. Madame
d'A. s'est maquillée d'elle-même, comme tous
les matins. Elle trône sur un lit baigné de lumière.
Dans un pot, une belle orchidée. Dans un vase, quelques
dahlias. Et tout autour, des commodes chargées de livres
et de cassettes vidéo, de flacons roses et de médicaments.
Madame d'A. est malade depuis 2 ans et demi. Cela fait quelques
mois que ses jambes ne répondent plus. Depuis 15 jours,
elle est rentrée chez elle, car l'unité de soins
palliatifs où elle se trouvait manquait de lits. Autour
d'elle, la maison de maître s'est endormie. Seule la
chambre vit encore, et la cuisine où l'on prépare
le repas du midi.
Agnès et Marie viennent la voir tous les jours. Ces
deux jeunes femmes font partie de l'équipe soignante
du centre de soins palliatifs à domicile de l'association
François-Xavier Bagnoud. Doucement, les infirmières
commencent les soins du matin. Puis, elles installent la malade
dans son fauteuil. Madame d'A. rouspète gentiment en
commentant leurs gestes.
Même si elle ne l'a pas choisi, le retour à la
maison convient tout à fait à cette femme d'affaires
de 61 ans. Pendant la nuit, une garde-malade dort dans la chambre
d'à côté et au moindre problème,
Madame d'A. peut appeler le centre de soins. "Le séjour à l'unité de
soins palliatifs a été pour moi comme une retraite
spirituelle. J'en suis sortie avec une autre façon de
voir la vie. A la maison, je mets en pratique…" (…)
Chaque jour apporte un progrès : un peu plus de temps
passée assise que couchée… Une journée
sans avoir trop mal… « Pour la douleur, j'ai un
truc, confie-t-elle, malicieuse. J'ai appris à l'anticiper.
Dès que je la sens arriver, je ne la laisse pas s'installer».
Grâce à la morphine… et à des demi-comprimés
de paracétamol. « L'avenir, je n'y pense plus
de la même façon. Tout peut s'arrêter demain.
Chaque jour est un cadeau.» "


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