"Etre tout à la personne qu’on
va voir"
Danièle et Marie, "Le Parisien", 12 mai 1999.
Quatre heures par semaine, Danièle et Marie, la soixantaine,
rendent visite à des personnes qui vont mourir, dans
le cadre de l'association pour le développement des
soins palliatifs (SFAP).
"Ancienne infirmière, Marie a choisi d’accompagner
les mourants à leur domicile. « Nous soulageons
le conjoint, les enfants qui ne peuvent pas toujours rester
aux côtés du malade. La solitude crée
une grande inquiétude chez les gens très malades.
Notre présence permet de calmer cette angoisse. Apporter
une tasse de thé, rester dans la chambre même
sans rien dire quand les malades veulent être silencieux,
ou, au contraire, écouter la personne raconter son
existence, ce sont des choses toutes simples finalement. »
Danièle, ancien proviseur, a choisi de visiter les grands
malades dans les hôpitaux de la région parisienne. « Le
plus dur, c’est souvent de frapper pour la première
fois à la porte d’un malade. Il faut oublier tous
ses petits soucis personnels pour être tout à la
personne qu’on va voir, avec une grande sérénité. »
Dans le secret de la chambre, à la maison ou à
l’hôpital, Danièle et Marie, oreilles attentives
et discrètes, ne font aucun geste médical, c’est
la consigne. « A l’hôpital, c’est
à la tombée de la nuit que les malades sont
le plus angoissés, raconte Danièle. Les soins
sont terminés, les visites souvent interdites, nous
pouvons rester parfois jusqu’à 22 ou 23 heures
quand un malade ne va vraiment pas bien. »
A la question : pourquoi ont-elles choisi de voir la
mort d’aussi près, Danièle et Marie répondent
à l’unanimité : « Nous
apprenons beaucoup auprès de ces malades. Ce sont des
moments d’une grande richesse. Jusqu’au bout,
les gens ont des désirs, même simples. Ce n’est
pas la mort qui est en face de nous, c’est la vie ! »
s’exclame Marie.
Pour éviter de trop s’attacher, d’avoir
du chagrin « parce que le monsieur qu’on
a vu la veille n’est plus là », Danièle
et Marie travaillent en équipe : «
Tous les quinze jours, nous avons des groupes de paroles à
l’association, pour raconte ce que l’on vit. C’est
indispensable pour évacuer. On ne peut pas accompagner
la mort tout seul… »"

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