"Je suis là pour écouter,
même le silence"
"Le Parisien", 22 octobre 2003.
Tanguy, bénévole auprès des mourants
depuis deux ans.
"Avec son petit cartable en cuir, sa voix chaude, ses
mots choisis et ses grands yeux verts qui vous auscultent le
visage, Tanguy, 37 ans, a l’air d’un de ces profs
d’histoire qu’on aurait rêvé d’avoir.
Marié, deux enfants, « et un troisième
en route », cet homme-là consacre chaque
mois deux de ses après-midi à « accompagner » des
malades en fin de vie, à leur domicile. (…)
Cette « envie » lui est venue il y a
5 ans après la lecture du livre de la psychologue
Marie de Hennezel « La mort intime » : « Depuis
tout le temps, je réfléchis sur l’être humain, le
sens de la vie et, là, j’ai eu un déclic sur la question
de la mort.»
Après de multiples rencontres avec des psychologues, « ils
voulaient vérifier que je n’étais pas morbide »,
et une session de trois jours de formation intensive, Tanguy se sent « apte » à intégrer
l’Association pour les soins palliatifs.
Il est appelé durant l’hiver 2001 au chevet de
son premier mourant : « Je m’en souviens
très bien, c’était un musulman qui habitait
en Algérie, venu en France pour se faire soigner d'un
cancer de la gorge, sans le dire à sa famille. A cause
de ses traitements, il ne pouvait plus parler, n’entendait
plus. Seul, sans moyens, il finissait ses jours dans une chambre
d’hôtel sans fenêtre. Il s’appelait
Houari ». Trois à quatre heures durant, Tanguy
est assis sur une chaise près du vieil homme, sans mot
dire ». On se regardait, on se souriait, il refusait
que je le touche parce qu’il se sentait impur à cause
de la maladie. Il souffrait beaucoup mais ne se plaignait jamais.
On habitait le silence. Je suis surtout là pour écouter,
même le silence. »
Tous les hommes et les femmes que Tanguy a accompagnés
depuis n’ont pas tous une histoire aussi poignante. « Vous
savez, il n’y a rien de plus humain qu’un mourant.
A l’agonie, il y a des gens désagréables,
exécrables. Parfois, ma présence permet aux familles
de souffler un peu, d’aller aux cinéma, de faire
des courses… ».
Comment Tanguy réussit-il à faire le grand écart
entre ces visages à l’agonie croisés tous
les quinze jours et ceux des ses enfants, de sa femme qui lui
réclament sa joie de vivre et son attention ? « L’accompagnement,
c’est l’art d’être au présent.
Quand je suis avec les mourants, je suis pleinement avec eux.
Quand je rentre chez moi, je suis pleinement avec ma famille. » Même
s’il ne « fait jamais de cauchemar »,
Tanguy se surprend parfois à pleurer « d’émotion
ou d’impuissance » face à la douleur."

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