D'abord, il peut y avoir comme un affreux doute, un sentiment
d'incertitude, le non-dit…
Comment se fait-il que cette
vie se soit achevée brusquement, souvent au moment du
week-end ? En ré-écoutant les dernières
conversations avec certains, on a l'impression de lire la chronique
d'une mort annoncée. Pourquoi se le cacher, dans certains lieux, une pratique
insidieuse de l'euthanasie s'est répandue.
Parfois, c'est une seule personne qu'on soupçonne de
passage à l'acte.
D'autres fois, il y a une sorte de fonctionnement sous-jacent
du service qui voit chacun participer sans que ce soit
clairement énoncé.
Dans la plupart des cas, l'acte d'euthanasie est ressenti
au sein des équipes comme quelque chose de violent.
Surtout la première fois.
Pour les familles, peut se développer une nouvelle catégorie
de secrets. On a l'impression soit d'avoir été "trompés",
soit d'avoir été complices.
Un moment de désespoir, une parole d'acquiescement,
ou simplement un silence auraient-ils valu arrêt de mort
?
Souvent, il faudrait un dialogue approfondi avec l'équipe,
une fois passée la grande émotion du décès,
pour découvrir que, non, il ne s'est pas agi de cela.
Des soins qui étaient devenus inutiles ont été arrêtés,
on a pesé les choses, non pas dans l'intention de mettre
fin aux jours du patient, mais bien au contraire, pour accepter
le processus inéluctable de la vie finissante.
D'autres fois, il y a eu véritablement euthanasie, avec
ou sans demande.
Il n'est pas certain que le maintien du silence sur ce que
cet acte a pu représenter d'injustice, un silence pudique
qui ne veut pas ouvrir de nouvelles blessures ni faire scandale
soit la meilleure solution.
Dans notre pays, aujourd'hui, nombre de familles et d'équipes
soignantes sont déjà traumatisées par
la pratique de l'euthanasie. |