"Je n’oublierai pas ce regard
terrifié"
Une élève infirmière, à M. de
Hennezel,
"Nous ne nous sommes pas dit au revoir", R. Laffont,
2000.
"Une élève infirmière me raconte
qu’elle vient de vivre un véritable drame. En
stage dans un service de pneumologie, elle s’est occupée
d’une femme en phase terminale d’un cancer du poumon.
Cette femme gémissait à longueur de journée,
répétant : « Je suis foutue,
je suis foutue », sans que personne s’en émeuve.
La jeune apprentie infirmière a alerté la surveillante.
Puis elle est venue plusieurs fois dans la journée
au chevet de cette femme, essayant de l’apaiser, en
lui parlant, en lui tenant la main. Le lendemain, l’infirmière
de service lui a demandé de poser une perfusion à
cette patiente. « On la lyse », lui
a-t-elle dit. Sans plus. Une mort sur ordonnance ! Troublée,
la jeune élève veut en savoir plus. Pourquoi ?
Ne peut-on la soulager autrement ? « Ne discute
pas » , lui a-t-il été répondu.
Elle m’écrit qu’elle n’oubliera jamais
le regard terrifié, les yeux grands ouverts fixés
sur elle, tandis qu’elle posait la perfusion en tremblant."


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