Avoir vécu la mort d'un proche, comme
membre de sa famille, ami, et même soignant ou bénévole,
c'est toujours un moment fort, et souvent un moment difficile.
Sur l'instant, ou plutôt dans les jours ou les mois qui
ont précédé, il fallait être présent,
tenir son rôle… On était dans l'action. Et
puis la mort a laissé comme un grand vide…
C'est le moment où la fatigue peut brutalement se faire
sentir, en plus de toute la tension émotionnelle qui
accompagne la séparation.
C'est le moment aussi où l'on peut être envahi
par un sentiment d'impuissance, d'injustice, de révolte.
De culpabilité ou d'échec aussi.
Toute fin de vie a quelque chose d'unique et de poignant car
c'est l'achèvement mystérieux d'un chemin de
vie. Mais dans certains cas, cela peut avoir quelque chose
d'insupportable. Parce qu'il y avait trop de souffrances, parce
qu'il y a eu un effet de surprise, ou au contraire une attente
lancinante. Parce qu'il a manqué des mots, des gestes
ou simplement des regards.
Il arrive aussi que la mort, qu'on aurait voulu vivre dans
l'unité, cristallise les conflits : la fatigue et la
tension psychologique peuvent aggraver l'expression de cette
division.
Quand on est dans le nuage noir qui peut brouiller notre esprit
comme dans un tunnel sans fin, il est parfois difficile d'accepter
l'idée qu'on va s'en sortir. On croit parfois devoir à celui
qui est parti de cesser de vivre. On s'en veut d'avoir encore
besoin de manger et de boire.
Comme souvent, il faut du temps, du recul, des paroles… pour
revisiter les jours de maladie et d'agonie, pour y retrouver
quelque chose qui nous renvoie vers la vie.
Il faut aussi un travail intérieur pour faire le tri
dans ses souvenirs et retrouver la personne aimée ou
accompagnée, sans la résumer ni à son
visage souffrant, ni surtout à son masque mortuaire. |