"Mais,
après le chagrin, il y a les chemins de la vie"
« Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste »,
Dr Elisabeth Mathieu-Riedel, Mame-Criterion, 1997.
Philippe a perdu son frère aîné en 1990.
Il a participé régulièrement à
des groupes de suivi de deuil. Depuis 2 ans, il fait partie
des familles animatrices des groupes d’entraide mutuelle.
« Le deuil est un changement, une mue, il faut
abandonner sa carapace, se créer une nouvelle enveloppe,
une autre peau, un nouveau lien entre le monde intérieur
et le monde extérieur, modifier notre façon
d’être et de paraître. (…)
Où sont nos amis disparus que nous avions de si près
tenus ? Ils nous laissent orphelins, nous ont quittés,
abandonnés, mais ils continuent à nous influencer.
Leur souvenir est une empreinte indélébile.
Ils nous aident à vivre. Partir, la belle affaire,
surtout pour ceux qui restent. Ils se sentent seuls, incapables
de partager leur peine ; c’est un manque profond
et permanent. L’amour est une habitude dont on ne peut
se séparer.
Le silence règne. L’absence est douloureuse.
(…) Il ne reste plus qu’à se taire, à
écouter les autres pour s’apercevoir que la souffrance
n’est pas mesurable, qu’elle est ce qui rapproche
autant que ce qui sépare. (…)
Pleurer, se laisser aller, exposer sa vulnérabilité.
L’un des participants aux groupes de parole dit :
«Il faut accepter d’être submergé
par l’émotion pour mettre en place de nouvelles
choses. » (…) Pouvoir dire à quelqu’un
que ça va mal, que ça ne s’arrange pas,
qu’on n’a plus envie d’avoir envie, (…)
qu’on voudrait s’arrêter, s’asseoir
quelque part pour raconter avant d’oublier et penser
que ce n’était qu’un rêve.
Mais non, c’est la réalité. Maintenant
nous savons quelque chose que nous ne voulions pas croire.
Nous avons senti ce lien ténu qui nous unit, à
la vie, à la mort. A qui le dire ? (…) La
mort est tabou. La maladie se cache. (…)
Mais, après le chagrin, il y a les chemins de la vie.
Le vide se remplit. L'absence est comblée. Nous avons
laissé nos oripeaux et revêtu un nouvel habit.
Nous sommes habités par ceux qui nous ont quittés.
Le temps efface. La tristesse fait place à la tendresse.
On redouble d’énergie comme s’il fallait
vivre pour deux. On a envie de vivre, de voir, de s’apercevoir.
(…)
Venir écouter ceux qui sont désemparés
ce n’est pas y revenir, c’est se rapprocher de
ce qui nous unit : le partage de nos peines. Communiquer,
c’est renaître un peu comme le cri poussé
par l’enfant venu au monde. Prendre la parole dans un
groupe, c’est trouver un espace de liberté pour
s’abandonner enfin. (…) Calme et sérénité
remplacent angoisse et colère. »

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