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... Vous avez mal vécu la mort de quelqu’un  
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"A l’intérieur de moi, tout était cassé, broyé"

« Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste »,
Dr Elisabeth Mathieu-Riedel, Mame-Criterion, 1997.

« Catherine, 43 ans, a perdu son mari en 1993. (…) Elle était séparée de lui après treize ans de vie commune. Ils avaient deux enfants : un garçon et une fille. Ils ne songeaient nullement au divorce, mais la vie sous le même toit était devenue impossible car il était alcoolique. (…)
«  Il a toujours tenté de s’en sortir. (…) Il n’a pas tenu. Il a déménagé dans un studio et je prenais régulièrement de ses nouvelles. L’alcool était pour lui un esclavage, un enfer ». (…)

Un jour, Catherine, venant lui rendre visite comme d’habitude, l’a trouvé mort sur le plancher. « Je n’ai appris qu’au bout de six mois, par l’autopsie, qu’il était mort d’alcoolisme. Pendant tout ce temps, je me demandais s’il ne s’était pas suicidé. Je n’en pouvais plus. J’étouffais de tristesse et de culpabilité. Moi qui l’ai vu souffrir, seul dans son studio, et qui ne l’ai pas secouru… (…) J’ai vécu six mois d’enfer. La vie se déroulait devant mes yeux ; moi, j’étais ailleurs. Je n’existais plus. Je n’arrivais plus à manger : j’ai perdu treize kilos en dix jours. Je ne prenais aucun médicament, préférant vivre cette période dans l’honnêteté à l’égard de moi-même. Je n’étais même pas révoltée, tellement je me sentais abattue. Il faut avoir encore de la force pour crier, hurler… Moi, j’étais anéantie, sans aucune énergie. Je m’enfonçais dans la souffrance. C’est comme si j’étais morte avec lui.

Quand j’ai vu son corps plusieurs jours après sa mort, (…), il avait sur le visage un sourire, comme s’il était libéré. La mort seule pouvait le délivrer de l’enfer (…). Son sourire m’a donné la certitude qu’il était dans une autre vie. (…)

Mes amis ne comprenaient pas ce qui se passait en moi. J’étais dans un autre monde. On ne parlait pas la même langue. J’avais envie de leur parler de Jean, mais ils craignaient mes émotions et préféraient me divertir. (…) A l’intérieur de moi, tout était cassé, broyé. (…) [Un jour], j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un dépliant déposé par une amie qui annonçait pour le lendemain une réunion pour les personnes en deuil à l’hôpital Paul Brousse. (…) Je n’ai pas hésité à m’y rendre.

J’ai enfin pu poser mon sac. (…) J’y ai trouvé une qualité d’écoute exceptionnelle. Enfin pouvoir partager ses émotions. Pleurer devant des gens qui recueillent vos larmes. (…) C’est le début d’une véritable communion. J’ai appris qu’il n’y avait pas de malheur trop grand qui ne puisse être partagé et dépassé. J’ai découvert que ce que je vivais entrait dans une normalité : les pleurs, la fatigue, la peur d’abandonner Jean en pensant à autre chose, en riant ou en invitant des amis. Quel soulagement pour moi qui croyais être devenue folle ! (…) Ces deux années de partage m’ont donné une grande espérance : oui, c’est possible de dépasser la mort. »

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