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... Vous avez mal vécu la mort de quelqu’un  
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"Le silence autour de sa mort m'a fait mal"

Claire Lefeuvrier, mère d'Adrienne, "La Croix", 30 octobre 2002.

"(…) Le 22 avril 1997, à l’aube, les policiers nous ont informés que notre fille Adrienne avait eu un grave accident ; lorsque nous sommes arrivés à l’hôpital, elle était morte. Elle avait 21 ans (…). D'une seconde à l’autre, tout bascule : le temps s’arrête, le monde n’existe plus, le champ de la conscience est anéanti par cette réalité insaisissable, parce précisément hors de toute réalité imaginable : ma fille aînée est morte. (…)

Et puis, le quotidien se remet en place (…). La réalité du drame s’impose peu à peu dans le silence, un douloureux silence. Je ne peux pas parler d’Adrienne, nous ne pouvons pas en parler : nous sommes, mon mari, nos deux filles et moi-même, enfermés et en même temps unis dans la solitude de notre souffrance. On me dit, les livres disent, il faut parler, la parole libère ; je ne peux pas parler. Ce silence me fait mal, j’ai le sentiment, en ne parlant pas, de faire mourir Adrienne une seconde fois, de la faire mourir davantage (…) Je la vois partout. (…)

J’ai repris très vite mon travail d’enseignante et mes diverses activités, et, simultanément, j’ai senti très vite s’établir, se creuser le fossé, le gouffre entre ce que je faisais et mon « moi intérieur », dévoré par l’absence d’Adrienne, écrasé par la tristesse, angoissé par la peur panique et lancinante de l’oublier. (…)
C’est progressivement que, éclairée par le médecin qui m’accompagne, j’ai compris, je comprends, que la mort d’Adrienne a fait de moi « une autre » que je dois rejoindre, on pourrait presque dire me « réapproprier » : je suis cette femme de plus de 60 ans, morte d’une partie de moi-même, mutilée, dépossédée d’un passé heureux, celui d’une mère comblée, dont les souvenirs sont désormais, eux aussi, marqués par la mort. Je suis cette femme qui doit renaître à la vie alors que ses repères ont disparu. (…)

Mais au cœur de ce chaos, et de ces éclatements intérieurs, je suis « habitée » par le message envoyé par une amie très chère au lendemain de l’accident : « Le malheur est entré dans votre maison, mais avec lui la compassion. » C'est la vérité. (…) Reconnue et acceptée dans la diversité de ses expressions, c’est elle qui m’a aidée à vivre ; c’est elle qui me donne la force et le goût de vivre."

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