"Il
m'a fallu 13 ans"
Myriam, émission de Valérie Durier, "Les
enfants et le deuil", Europe 1, 23 mars 2004.
Myriam avait 15 ans quand son frère est mort.
" Ce qui est vrai, c'est qu'on garde ça longtemps
en soi, on ne s'en rend même pas compte. J'avais toujours
eu des problèmes nerveux, mais ce n'est que 15 ans
après que ça s'est transformé en grosses
crises d'angoisse, qui m'ont conduite en hôpital psychiatrique.
Ca ne prévient pas, on ne comprend pas. Du coup, je
me suis retrouvée sur le divan. J'avais 28 ans, 13
ans après la mort de mon frère. Et c'est grâce
à ce thérapeute, que je me suis rendue compte
que j'avais un sentiment de culpabilité, que je m'étais
accusée de cette mort, parce que quelques temps avant,
il s'était fait disputer, il avait quitté la
maison, il avait fugué et ça venait d'une dispute
qu'on avait eu tous les deux.
On a mis des mots sur mon mal, et ça, ça m'a
aidée. On m'a dit : "Vous avez eu un traumatisme,
lié à un choc affectif, à ce décès."
Et là, j'ai pu poser des valises que je traînais
finalement depuis la disparition de mon frère. C'est
parce qu'on nous a pas laissé poser ces valises, ni
mettre des mots… Alors on somatise, il faut du temps
et libérer cette parole qui est enfouie, dénouer
ce sentiment de culpabilité.
Et puis, avec ce choc affectif, vous oubliez beaucoup de votre
enfance, de votre petit enfance, comme si le choc avait tout
anéanti. C'est comme un cataclysme, un tremblement
de terre et tout ce qui s'est passé avant, tout ce
que vous avez vécu avec ce frère qui est parti,
et bien tout a explosé."
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