"Je
ne savais pas à qui confier ma révolte"
Christine, "Le Monde", 1er novembre 2000.
"Lorsque sa fille Alix, quinze ans, est décédée
d’un cancer, Christine ne savait pas à qui confier
sa révolte, son désespoir, et ce désir
d’en finir difficile à entendre de la part d’une
mère de quatre autres enfants. « On s’interdit
d’évoquer pareilles horreurs avec son proche
entourage, lui-même durement éprouvé »,
explique-t-elle. Quant aux amis, leur aide est précieuse,
mais il n’est pas question de les solliciter continuellement,
car ils ont aussi leur vie. Alors ? « On
se croise les bras, ou on se bat », résume
la maman d’Alix.
Elle n’avait qu’une envie, rester pleurer sous
sa couette. Pourtant, « mue par un instinct de
survie », elle contacte une association d’aide
aux endeuillés dont elle avait entendu parler. Tous
les quinze jours, pendant environ un an, Christine s’est
ainsi rendue au centre François-Xavier Bagnoud, à
Paris. Aux deux animatrices de l’association avec qui
elle s’entretenait, Christine a pu "tout dire,
sans tabou" : son sentiment de culpabilité, puisqu’elle
avait laissé mourir son enfant, les douloureuses étapes
de la maladie d’Alix et les rancœurs accumulées
pendant son hospitalisation, la souffrance de ses proches
aussi, qu’elle voulait aider mais dont elle ne comprenait
pas toujours les réactions. « C’était
pour moi un effort énorme, reconnaît-elle, d’aller
à ces rendez-vous, mais ils ont véritablement
constitué pour moi une soupape de sécurité
et m’ont progressivement permis d’avancer. »"
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