"C’est d'abord
la confiance que l’on doit tenter de fonder"
Dr Xavier Mirabel, cancérologue à Lille,
avril 2004.
« Par les proches des malades souffrant d’une
maladie très grave, nous entendons souvent « Ne
lui dites surtout pas : il ne pourra pas le supporter !».
Derrière cette exigence, il faut déceler les
peurs bien compréhensibles de ceux qui ont du mal à affronter
ensemble la vérité.
Mais notre expérience nous conduit à affirmer
que ce que les malades supportent difficilement, c'est de ne
pas vivre des relations de vérité au moment où ils
en ont le plus besoin. C'est là qu'ils souffrent, avec
l'impression qu’on ne les respecte pas.
Il est tentant de se protéger derrière la supposée
faiblesse du malade pour refuser de lui parler. Pourtant, c’est
d'abord la confiance que l’on doit tenter de fonder.
On sait même qu'elle joue un rôle dans la guérison.
Et la confiance a besoin de la vérité. Non pas
une vérité qu’on jette à la figure
et qui blesse mais un chemin de vérité sur lequel
on avance ensemble, prudemment mais avec détermination,
si possible dès le début de la maladie.
Pour avoir croisé tant et tant de malades qui nous
ont dit avoir vécu une véritable et profonde
libération lorsque la vérité, même
infiniment douloureuse, a pu leur être dite, je ne peux
aujourd’hui éprouver d’autre sentiment qu’une
vraie tristesse et une profonde impression d’injustice
face à des relations bâties sur le non-dit et
sur ce qu'il faut bien appeler le mensonge, voire l’hypocrisie.
Car ces situations mènent souvent à l'impasse.
Ainsi, le silence autour de la maladie, de sa gravité,
de son pronostic et des espoirs que l’on peut raisonnablement
attendre des traitements ne prépare-t-il pas le terrain
de l’acharnement thérapeutique et de l’euthanasie
? Entretenir de faux espoirs de guérison ou de profondes
illusions sur les bénéfices que peuvent apporter
les traitements enferme malade et soignants dans un fantasme
de toute-puissance, dans l’utopie qu’ils vont pouvoir
maîtriser la maladie.
Les soignés ou leurs familles vivent la tension entre
deux réalités parallèles inconciliables,
sans pouvoir échanger sur les réalités.
On ne s'avoue pas que la maladie est grave, on refuse de se
donner le droit de dire que la mort est possible, probable,
inévitable.
Comment dans ces conditions accepter la proposition d'arrêter
un traitement sans qu'elle soit ressentie comme un abandon
ou comme une violence ?
Quelques jours avant sa mort, Florence disait « Mon
mari me parle sans cesse des vacances prochaines au bord de
la mer. Pourtant, je sais très bien que je vais mourir !
Ce qui est terrible avec ce discours, c’est que nous
ne pouvons plus rien nous dire ! » En fin de
vie, le manque de vérité peut être destructeur
car il va interdire tout échange en profondeur avec
les proches. Pourtant celui qui s’en va a des choses à dire,
mais qui ne peuvent se dire que si la parole n’est pas
interdite ou réduite aux faux-semblants. Il a des réconciliations à faire,
des pardons à donner, des regrets ou des souhaits à exprimer,
il pourrait vouloir faire ses adieux, dire merci, laisser des
consignes, des messages, des paroles à ceux qu’il
aime, pour plus tard, quand il ne sera plus là.
Parce que nous sommes tous tentés de fuir la réalité difficile
et souffrante, parce qu'il est pourtant essentiel de s'en approcher
pour respecter ceux qui approchent de leur fin, il est urgent
de développer une vraie culture de la vérité dans
la relation soignant-souffrant. »
"Faisons confiance aux forces du malade"
Dr Elisabeth Mathieu-Riedel,
"Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste",
Ed Mame, Criterion.
"En soins palliatifs, on passe du temps à tâtonner
pour savoir ce que le malade veut et peut savoir. (…)
[La] prise de conscience de son état lui permet de rassembler
toutes ses forces pour mieux appréhender la réalité,
même si elle se fait dans la tristesse inévitable
pour arriver à l’acceptation. Dire la vérité de
but en blanc risquerait de bousculer son évolution intérieure.
Il est dangereux de retirer les béquilles trop tôt.
Il ne s’agit pas pour autant de cacher la vérité.
Ne projetons pas sur le malade notre propre angoisse :
il est peut-être bien plus capable que nous d’assumer
sa situation. Nous croyons aux ressources insoupçonnées
de chacun quand il est dans des situations qu’on ne pourrait
pas assumer à sa place. (…) Une fois que les choses
sont exprimées, inutile de philosopher sur la mort et
la maladie. Ce serait une erreur de se laisser entraîner
par un flot de paroles qui risquerait de déchaîner
les émotions. (…) L’attitude du médecin
est le reflet de sa conception de l’homme. J’ai
besoin d’être moi-même en vérité pour
respecter la personne qui est en face de moi."

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