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...Vous affrontez une fin de vie difficile  
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"Géraldine pressentait la gravité de sa maladie"

"Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste",
Dr Elisabeth Mathieu-Riedel, Ed Mame, Criterion.

"Nous attendons Géraldine d’une minute à l’autre. (…) Je prends connaissance de son dossier : Géraldine, 46 ans, présente une dénutrition intense, un cancer des poumons avec métastases osseuses multiples entraînant un début de paraplégie. Elle viendrait chez nous « en maison de convalescence pour remarcher et reprendre des forces ! » Elle n’arrêterait que « momentanément » toute chimiothérapie et radiothérapie ! Voilà ce que certains médecins promettent à leurs patients, tout en les adressant dans une unité de soins palliatifs pour « cancer en phase terminale » ! (…)

Elle arrive très angoissée, haletante malgré une assistance respiratoire en oxygène (…) Pendant ce temps, je reçois sa mère et son ami dans mon bureau pour savoir ce que Géraldine connaît exactement de sa maladie et du diagnostic :
- Elle sait qu’elle a quelque chose de grave mais pense qu’elle va guérir ! répond sa mère. Surtout, ne lui dites rien… Je vous en supplie, Docteur !
- La confiance du malade envers son médecin favorise son confort, lui dis-je. Comment est-ce possible si Géraldine sent qu’on lui ment ? Ne vous inquiétez pas. Cela se fera progressivement. (…)

Je retourne dans la chambre de Géraldine pour encore parler avec elle avant de l’examiner. (…)
- (…) Pouvez-vous m’expliquer pourquoi vous êtes ici ?
- Je viens prendre des forces pour une autre chimiothérapie.
- Vous avez donc déjà eu une chimiothérapie ?
- J’ai une maladie grave que l’on traite comme un cancer, mais ce n’est pas un cancer.
Silence… Je lui demande la permission de l’examiner. (…)
- On m’a fait des rayons.
- Vous a-t-on dit pourquoi ?
- Parce que j’ai des lésions ostéolytiques.
- Ah oui !

Je ne veux pas trop insister dès le premier jour. Je laisse la conversation à ce point pour respecter son espoir et lui donner le temps de s’apprivoiser. J’essaie de percevoir ce qu’elle sait, ce qu’elle désire savoir et ce qu’elle attend de moi. Le plus important est d’être en vérité avec elle. Je remets le drap sur son corps et borde le lit, Géraldine se sent rassurée. Dans un sursaut, au moment où j’allais aborder un autre sujet, elle me dit, droit dans les yeux : « Vous savez, j’ai regardé dans le dictionnaire ce que voulait dire « lésions ostéolytiques ». Ce sont des lésions cancéreuses graves. »
Je hoche la tête en signe d’approbation, et ajoute immédiatement :
- Ne vous inquiétez pas, nous allons soigner jour après jour les symptômes qui vous gênent. Soyez sûre que nous pouvons vous soulager. Ici, nous sommes formés pour bien traiter la douleur. (…)

Géraldine alors apaisée, je diminue l’aérosol et les anxiolytiques. Je retrouve sa mère dans le couloir et lui dis :
- Madame, votre fille pressentait la gravité de sa maladie. Elle sait qu’elle a un cancer des os. Elle avait même regardé dans le dictionnaire la définition du mot « ostéolytique ».
- C’est terrible ! s’écrie-t-elle angoissée.
- Non, cela s’est passé paisiblement.
Toutes ses angoisses, la mère les projetait sur sa fille. Je lui explique que la lumière s’est faire en douceur et que Géraldine savait déjà beaucoup de choses sans l’exprimer à sa famille pour ne pas la blesser. Nos rapports sont alors devenus vrais et plus détendus. Comme dit le docteur Charles-Henri Rapin, de Genève, « la vérité est thérapeutique » car elle élimine les peurs irrationnelles. L’ambiance de vérité contribue à rendre la personne responsable, et donc libre. (…)

Je n’ai pas asséné la vérité à Géraldine mais je l’ai seulement aidée à verbaliser ce qu’elle ressentait intuitivement. (…) Dès ma première conversation avec Géraldine, j’ai vu qu’elle avait une envie pressante d’être dans la vérité. Elle ne disait rien et pourtant elle savait. Quand elle a évoqué les « lésions cancéreuses », j’ai simplement hoché la tête. Mais sans insister. (…)
Après notre conversation sur sa maladie, Géraldine se met à pleurer doucement. Elle est triste. Elle réalise amèrement qu’il n’y a plus d’espoir de retrouver ses jambes, qu’elle s’achemine vers la mort. Cependant, elle ne se masque plus la réalité. Elle n’est plus dans le déni. Une prise de conscience est toujours douloureuse. Le déni, la colère, le marchandage et la dépression se succèdent ou s’entremêlent."



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