Interview
du Dr Danièle Lecomte "La Croix", 6 mars 2000.
Responsable du service mobile de soins palliatifs à
l’hôpital Broussais, et responsable de la future
équipe de l’hôpital Européen Georges
Pompidou.
"Certains spécialistes des soins palliatifs
disent que l’on peut soulager la douleur dans tous les
cas, d’autres non. Vous, qu’en dites-vous ?
Il y a peut-être une confusion entre douleur et souffrance.
La douleur est effectivement le plus souvent maîtrisable.
Mais on ne peut pas réduire le vécu douloureux
de la personne en fin de vie à une composante physique
accessible aux médicaments. La question est plus complexe.
C’est celle de la souffrance, qui inclut des dimensions
psychiques, émotionnelles, existentielles. La souffrance,
on peut l’écouter, l’accompagner, mais on
ne peut pas véritablement la traiter.
Cela étant, il existe des psychotropes (NDLR :
médicaments qui agissent sur le psychisme) qui ont le
pouvoir de calmer l’angoisse. Leur inconvénient
est qu’ils ont aussi pour effet d’anesthésier
la conscience. Or, en soins palliatifs, nous accordons une
place fondamentale à la relation.
Pourtant, vous recourez parfois à la sédation
induite, c’est à dire au sommeil induit par les
médicaments. Comment le justifiez-vous ?
La mise en route d’une sédation peut se concevoir
en réponse à la demande d’un malade dont
la souffrance psychique apparaît insurmontable et qui
reste inaccessible à tout ce que nous lui proposons.
Le but est d’abolir la conscience mais de manière
momentanée, pour une durée dont on convient préalablement
avec le malade, dans l’objectif de réévaluer
sa demande quand il reviendra à lui. Cette notion de
réévaluation est fondamentale en soins palliatifs.
Si on l’oublie, on court le risque de s’engager
dans une escalade des doses d’antalgiques qui vont précipiter
l’issue fatale.
Toutefois, les médecins des soins palliatifs, prennent
parfois le risque d’abréger la vie d’un
patient en lui administrant un antalgique puissant, seul à même
de calmer ses douleurs. Qu’est-ce qui, alors, différencie
cette pratique de l’euthanasie ?
L’euthanasie fait le choix délibéré de
produits et de doses supposés mortels. Ce que nous ne
faisons jamais. La médecine palliative, c’est
la médecine de l’impuissance : elle accepte
l’inéluctable de la mort et tente simplement d’améliorer
la qualité du temps qui reste à vivre. Notre
but est de permettre à la personne de mourir à son
heure, le moins inconfortablement possible. Nous sommes là en
tant que témoins et accompagnateurs de cet événement,
pas en tant qu’acteurs.
A l’inverse, ce qui anime les partisans de l’euthanasie
est la volonté de maîtriser la mort. Et la notion
de dignité, fréquemment mise en avant, se réduit
bien souvent à cet aspect de refus de la mort. La mort,
dans cette façon de voir, n’est plus le dernier événement
naturel de la vie mais l’échec de la médecine.
Mais en pratique, le geste palliatif, est-il toujours clairement
distinct du geste euthanasique ? N’y a-t-il pas
des cas où seule l’intention les sépare ?
En médecine palliative, nous réévaluons
les traitements en permanence, nous augmentons si besoin progressivement
les doses, il n’y a jamais de coupure brutale. Cela permet
dans la plupart des cas, comme je le disais plus haut, de contrôler
la douleur. En outre, toutes les décisions sont prises
avec l’accord du malade et de son entourage. Nous ne
coupons jamais la relation.
L’euthanasie m’apparaît au contraire comme
une rupture, un passage à l’acte devant la soudaine
prise de conscience d’une impasse thérapeutique.
Or, on n’en arrive pas là quand on suit correctement
le patient depuis le début de l’aggravation de
son état. Toutes les dérives euthanasiques sont
le fait de professionnels qui, à un moment, ont perdu
la maîtrise médicale de la situation.
Que répondez-vous aux personnes qui demandent elles-mêmes à ne
plus vivre ?
Ce type de demande recouvre en fait, pour peu qu’on s’y
arrête, une réalité qui pourrait s’exprimer
comme suit : "Plutôt être mort
que vivre ce que je suis en train de vivre.» Ce n’est
pas tout à fait la même chose que souhaiter mourir."

Contre la douleur, la morphine… et l'amour
Dr Monique Brossard le Grand, « Mourir dans l’amour »,
JC Lattès.
"
(…) La douleur n’est pas une sensation comme les
autres. Sa perception correspond à la prise de conscience
d’une agression menaçant l’intégrité de
notre organisme. Au niveau de la peau, dans les viscères,
il existe des récepteurs spécialisés qui
répondent électivement aux stimulations menaçantes
en informant le cortex cérébral. Prenons l’exemple
d’une brûlure. Outre le bon réflexe qui
consiste à retirer son doigt du liquide bouillant, la
peau émet un message du type : « Ici
la peau, récepteur spécialisé chaleur
appelle cerveau… »
La moelle épinière assure la transmission du
message à son destinataire final, le cerveau. Arrivé là,
le message douloureux va être comparé à d’autres,
déjà mis en mémoire. Ce qui explique vraisemblablement
les différences de réactions : exubérantes
ici, stoïques ailleurs. Car les expressions de la douleur
sont très variables et souvent liées à une éducation
ou à une culture.
Jeune interne de garde, j’étais impressionnée
par les blessés nord-africains : ils criaient,
hurlaient de douleur en arrivant aux urgences. (…) Il
se trouve que les Méditerranéens sont naturellement
exubérants et que leur seuil de tolérance à la
douleur semble plus bas que d’autres. Vingt ans plus
tard, chirurgien dans un camp de réfugiés de
guerre cambodgiens, j’ai pu constater la discrétion
de ce peuple face à la souffrance. Même les plus
jeunes enfants acceptaient les points de suture sans broncher.
Mais quelle que soit la latitude, la douleur physique et morale
doit partout mobiliser de la même manière médecins
et soignants respectueux de la vie. (…) Devant [certaines]
détresses, ni la morphine, ni les techniques les plus
performantes ne peuvent tout faire. Ou, pour mieux dire, elles
ne peuvent rien sans un supplément d’amour. Cet
amour, c’est à l’équipe soignante
tout entière de le donner, par sa présence, son écoute,
son affection. Et l’amour, ça s’apprend !
Il faut dire ici un mot des techniques nouvelles de lutte
contre la souffrance. Il s’agit essentiellement de ce
que l’on appelle les « pompes à morphine ».
Cette merveille de l’informatique a été conçue
pour délivrer à la demande du patient hyperalgique
la dose idéale permettant de neutraliser la douleur
dès son apparition. Cet appareil, muni d’un système
de sécurité, délivre la dose par simple
pression du doigt. Pour autant, on n’a jamais vu un grand
malade se transformer en morphinomane.
D’ailleurs, les doses d’opiacés délivrés
par ACP (« Analgésie contrôlée
par le patient ») sont moindres et mieux adaptées
que celles fournies par l’ancienne (et malheureusement
toujours actuelle) méthode de la sonnette et de l’infirmière.
(…) Avec les pompes, les besoins sont diminués
jusqu’à cent fois : 5 mg par jour au lieu
de 500 ! Ajoutons qu’il s’agit d’un
traitement facilement praticable à domicile, sous le
contrôle d'un médecin généraliste
qui peut aussi prescrire des opiacés par voie orale
ou par voie intradermique.
« La douleur n’est plus une fatalité »,
dit-on. Encore faut-il se donner les moyens de la vaincre.
Les moyens, c’est-à-dire les crédits."
"Terrain de lutte"
Dominique Quinio, "La Croix",
6 avril 2004.
" (…) La souffrance d’un être cher
est insupportable : faudrait-il l’accepter (ou la
sienne propre, d’ailleurs) avec fatalisme ? Pour
autant, doit-on en déduire que la seule solution est
d’autoriser l’euthanasie ? Que toute autre
position revient, au nom de principes qui apparaissent du coup
d’une raideur inhumaine, à s’accommoder à bon
compte de cette souffrance irréductible ?
Heureusement, la France, qui fut longtemps en retard, a franchi
des étapes importantes et indispensables dans la lutte
contre la douleur. Grâce à une palette d’instruments
qui ne parviennent toutefois pas à l’éliminer
totalement. D’autant que cette douleur n’est pas « une »,
unique, vécue uniformément par chacun ;
la résistance à la douleur diffère en
effet selon l’âge, le tempérament, l’environnement
affectif. La dimension psychologique n’en est pas absente,
ce qui peut rendre complexe son traitement.
Il reste beaucoup à faire, donc. Notamment pour qu’il
y ait , dans ce combat anti-douleur, égalité selon
les régions, selon la capacité des personnes à frapper
aux bonnes portes, à trouver sur leur chemin les équipes
compétentes, suffisamment formées, à s’appuyer
sur des proches attentifs… La douleur extrême,
la sienne ou celle des autres, n’a pas de valeur en elle-même.
Il est possible, certes, de lui chercher un sens ; ou,
plus exactement, de rappeler que toute vie, malgré cette
douleur, a un sens et une dignité. Certains y trouvent
force et grandeur, la transforment, la subliment, l’offrent
parfois. D’autres, en revanche, s’y consument,
se révoltent ou se désespèrent. Pour ceux-là,
de toute leur intelligence, les hommes doivent travailler à éliminer
la douleur, ou du moins à la dompter. Pour que ceux
qui la subissent, puissent vivre totalement sans en être
obsédés, en mobilisant l’essentiel de leurs
forces, malgré la grave maladie, malgré le handicap,
malgré l’approche de la mort dont ces douleurs
sont les symptômes."
Plan de lutte contre la douleur 2002-2005
Ce deuxième programme d’action contre la douleur
a cinq objectifs prioritaires :
1 - Associer les usagers par une meilleure
information : c’est dans ce cadre, qu'ont notamment
été lancés des états généraux
de la douleur.
2 - Améliorer la prise en charge de
la douleur chronique rebelle : il s’agit notamment
de créer des structures spécialisées
dans les départements et les régions qui en
sont encore dépourvues.
3 - Améliorer la formation des professionnels
de la santé.
4 - Inciter tous les établissements
de santé à instaurer un programme de prise en
charge de la douleur.
5 - Renforcer le rôle de l’infirmier,
avec notamment la création de 125 postes d’infirmiers
référents-douleur.

La lutte contre la douleur, une approche purement technique ?
"La
Croix", 6 avril 2004.
"La France, après avoir été longtemps
la « lanterne rouge » de l’Europe
en matière de traitement de la douleur, est aujourd’hui
en passe de combler son retard. On est au deuxième
plan gouvernemental de lutte contre la douleur. La plupart
des médecins n’ont plus de réticences
à l’utilisation de la morphine. Les centres anti-douleur
se sont multipliés. Des Etats généraux
de la douleur ont été mis sur pied (…).
Bref, incontestablement, les moyens sont là. L’état
d’esprit a changé, les pratiques aussi.
Néanmoins, un certain nombre de douleurs restent encore
aujourd’hui rebelles à tout traitement, et deviennent
chroniques. (…) On sait pourquoi toutes les douleurs
ne peuvent pas être soulagées. Cela tient à la
fois à des causes physiopathologiques et psychologiques. « Pour
le grand public, il y a « la » douleur,
observe le Dr Francis Bonnet, anesthésiste (Tenon).
En fait, il y a une grande variété de douleurs
qui correspondent presque à diverses pathologies. » Sensation
de brûlure, élancements de type de décharges électriques,
contractures incontrôlables, gêne intense, fond
douloureux permanent… ne sont que quelques exemples des
multiples tableaux douloureux.
Ceux-ci peuvent néanmoins être regroupés
en deux grands ensembles, selon l’origine de la douleur :
les douleurs dites « par excès de nociception »,
dues à un excès de stimulation des terminaisons
nerveuses sensibles à la douleur et provoquées
par des dégâts causés aux tissus (brûlure,
fracture, cancer…). Et les douleurs neuropathiques, dues à une
atteinte du système nerveux central (cerveau) ou périphérique
(moelle). Elles accompagnent fréquemment des maladies
comme le zona, le diabète, certaines formes avancées
de cancers, l’amputation d’un membre…
Si les douleurs nociceptives sont généralement
sensibles aux opiacés, et peuvent être convenablement
soulagées, les douleurs neuropathiques sont, en revanche,
beaucoup plus difficiles à contrôler. Car les
opioïdes, au premier rang desquels la morphine, n’agissent
généralement pas sur elles. Les médecins
font alors appel à d’autres molécules,
utilisées les unes après les autres ou, de plus
en plus souvent , associées, et d’abord, aux antidépresseurs
et antiépileptiques. (…) Il y a aussi la kétamine,
un anesthésique qui, donné à doses antalgiques,
c’est à dire bien moindres que celles utilisées
pour endormir, bloque certains récepteurs (1) qui sont
stimulés par la lésion nerveuse et rendent le
système nerveux très sensible et hyperexcitable à la
douleur. Le Dr Lisette Opatowski, responsable de la prise en
charge de la douleur à l’équipe mobile
de soins palliatifs de l’hôpital Saint-Joseph (Paris),
cite encore la clonidine, « un anti-hypertenseur
qui bloque la transmission de la sensation douloureuse ».
Si cela ne suffit pas, les médecins peuvent aussi implanter
des cathéters, des pompes d’autoanalgésie,
poser des péridurales… « Selon moi,
poursuit le Dr Opatowski, on n’utilise pas encore assez
toutes ces techniques de soins palliatifs en France. »
Reste que, malgré tout, certains patients continuent
de souffrir. C’est que la douleur est une expérience
complexe, engageant la personne toute entière. « Nous
avons tous un idéal de mort dans la sérénité.
Mais, parfois, le patient reste dans la révolte. Il
ne se résigne pas à ce qui l’attend, et
cela contribue à accentuer ses douleurs »,
poursuit le Dr Opatowski. « De même, les émotions
fortes, la vie que l’on a eue auparavant, la représentation
que l’on a de son mal, tout cela influe sur la sensation
douloureuse. »
Dans ce contexte, donner des médicaments ne suffit pas.
Il faut mettre en place toute une stratégie de prise
en charge. L’équipe du Dr Serrié, responsable
du centre de traitement anti-douleur de l'hôpital Lariboisière
et des Etats généraux de la douleur, passe ainsi
des « contrats » avec chaque malade,
partant de l’idée que chaque cas est unique : « On
essaie d’abord d’évaluer le retentissement
de la douleur. Une lombalgie sera catastrophique pour un maçon,
par exemple, alors qu’elle n’aura pas du tout la
même valeur pour une autre profession. Puis on se fixe
des objectifs : qu’est-ce que le patient souhaite
pouvoir arriver à faire, malgré la douleur ?
Pour l’un, ce sera se remettre au vélo, pour un
autre, retravailler à mi-temps, pour un autre encore,
pouvoir participer aux repas de famille du dimanche sans être
obligé de quitter la table. En fonction de cela, on
adapte la prise en charge. »
Si la douleur ne peut parfois pas être soulagée,
c’est aussi parce que, paradoxalement, cela diminuerait
la qualité de vie. « Plus on va vers une
population âgée, plus on a envie de ne pas nuire,
explique ainsi le Dr Bonnet. Les douleurs de l’arthrose,
par exemple, qui augmente avec l’âge, nécessitent
un recours croissant aux opiacés et aux anti-inflammatoires.
Or, ceux-ci ont des effet secondaires non négligeables :
ils entraînent des nausées, des syndromes confusionnels
et un état d’endormissement excessif. On ne peut
donc les donner à hautes doses. Au lieu de cela, il
faut apprendre aux gens à vivre avec des douleurs résiduelles,
en les aidant par la psychothérapie, l’hypnose
ou autres. »
En fin de vie, les objectifs sont différents. « En
oncologie, on essaie de faire en sorte que les gens vivent
leur vie du mieux possible jusqu’au bout, explique le
Dr Philippe Poulain. Mais, devant certaines douleurs intenses,
on est amené à proposer une sédation,
un sommeil artificiel et réversible."
(1) Protéines situées à la surface des
cellules et leur permettant de recevoir des signaux.

Un exemple à imiter : le réseau anti-douleur
de Seine et Marne
"Le Parisien",
3 mai 2002.
"Les professionnels de santé de Seine-et-Marne
se mobilisent contre la douleur. Sous l’égide
du Dr Philippe Bayon, un praticien de Coulommiers, des membres
du corps médical se sont réunis hier soir à l’institut
Pierre-Ageorges d’Avon pour la présentation d’un
réseau unique en France : le programme Douleur
77. Objectif : « Se donner les moyens de mieux
prendre en charge la douleur au point de vue local »,
explique Philippe Bayon. Autrement dit, tisser des liens entre
les spécialistes, les généralistes, les
kinés, les infirmiers et les pharmaciens du département,
pour soigner les malades dans leur lieu de vie. Un avantage
pour les patients qui, en dehors des cas extrêmes, n’auront
plus à se rendre dans les centres parisiens spécialisés.
« Mettre en commun les moyens et nos connaissances »
Ce premier réseau antidouleur, capable de soulager les
malades tout en les maintenant à domicile, a obtenu
l’agrément du ministère de la Santé en
décembre dernier. Parmi les nouveaux actes médicaux à effectuer,
le médecin sera chargé d’évaluer
la douleur du patient lors d’une première consultation.
Il devra également assurer un suivi lors de visites
semestrielles de bilan. Si le malade est envoyé chez
un kiné, par exemple, celui-ci devra aussi réaliser
une fiche de synthèse pour mettre à jour les
progrès du malade.
Quel est le profil du patient ciblé par Douleur 77 ?
Il est âgé de 18 à 65 ans, touché par
la lombalgie, les migraines, ou un cancer. Pour entrer dans
la catégorie des "douloureux", la douleur
doit être pratiquement quotidienne et subie depuis moins
d’un an. « A terme, nous comptons développer
Douleur 77 à d’autres pathologies »,
rassure Philippe Bayon.
Mais la priorité est d’abord de rassembler les
troupes et de « recruter » des membres.
« Nous ne forçons aucun médecin à
venir. C’est exclusivement basé sur le volontariat »,
précise le praticien de Coulommiers. Daniel Guérinoni,
kiné à Lieusaint, fait partie de ces volontaires :
"Il faut faire vivre cette idée, mettre en commun
les moyens et nos connaissances. A plusieurs, nous serons
plus forts. Nous les kinés ou les infirmiers, nous
avons l’habitude de travailler en équipe. Le
problème sera sans doute de convaincre les médecins
libéraux qui sont plus isolés, et ce même
si l’initiative de créer ce réseau vient
de médecins libéraux", tempère le
kiné de Lieusaint."
"Le sommeil artificiel, une
réponse à la souffrance extrême"
"Impact médecin hebdo" n°487, 7 mars
2000.
Marie de Hennezel est psychologue et psychothérapeute
en soins palliatifs.
"Pionnière dans le développement des
soins palliatifs, vous écrivez dans votre livre "Nous
ne nous sommes pas dit au revoir" (*) que l’euthanasie
n’est pas la réponse à la souffrance extrême.
Quelle alternative proposez-vous ?
Lorsque la souffrance est trop grande, on peut apporter aux
mourants ce que l’on appelle un sommeil induit, une
sédation. Comme dans le coma artificiel, la conscience
disparaît, mais l’inconscient est toujours là.
Aussi, tout ce qui se vit pendant cette période entre
le mourant et ses proches est très important.
D’importants progrès ont été réalisés
dans la sédation ces dernières années.
Par des doses appropriées de sédatifs, le sommeil
du malade est entretenu pendant 24 ou 48 heures. Un telle
cure de sommeil permet au malade de se détendre, de
lâcher prise."
(*) Robert Laffont.

"Certains patients ne veulent
pas qu'on traite leur souffrance"
FR3, "Culture et dépendance : Face à
la souffrance", 23 janvier 2004.
Le Dr Jean-Christophe Rufin est écrivain et président
d'Action contre la faim.
"Je pense que le traitement de la souffrance ne doit
pas être automatique. On ne doit pas abrutir les gens.
Il y a des patients qui ne veulent pas qu'on traite leur souffrance.
(…) Par exemple, il y a des femmes qui ne veulent pas
accoucher sous péridurale. Il faut donner le choix.
Il y a un certain nombre de gens pour qui la souffrance est
quelque chose qui se maîtrise.
Mais il faut effectivement avoir le choix. C'est à
dire qu'il faut que, quand quelqu'un dit "je ne supporte
pas", on puisse avoir un traitement. Mais que ce ne soit
pas une obligation, sinon, c'est l'abrutissement généralisé."

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