"Les
derniers jours, douleur et sérénité alternent"
« Nous ne nous sommes pas dit au revoir »,
Marie de Hennezel, éd. Robert Laffont, 2000.
« Mon amie Michelle Monnier m’a envoyé
son manuscrit "Je marche avec mon cancer", quelques
mois avant sa mort. Elle y décrit ce moment étonnant
où, dans la nuit de l’angoisse, quelque chose
se produit, d’inattendu, qui apporte la paix.
« Je suis prise de panique face à la douleur,
à la mort. Mon univers bascule, je sais ce qui m’attend.
Bientôt, peut-être ?… Je m’en
vais dans le courant de la peur glacée. Ce sont des
jours tragiques. Mon corps est totalement raide, dur, j’ai
des crampes partout, ma tête me fait mal et mon ventre
est de pierre. Mes mains sont des poings serrés qu’il
m’est impossible d’ouvrir. Je reste ainsi figée,
transie, trois jours et trois nuits. »
Puis elle s’étonne un matin de se réveiller
calme, la peur ayant disparu. « (…) ce que
je ressens : une joie profonde. Je cherche à m’expliquer
ce fantastique contraste entre la crise et la joie. Je ne
vois pas d’explication. J’y réfléchis.
Quelque chose est monté de mon inconscient pendant
mon sommeil, c’est la piste que j’explore.
C’est alors qu’un souvenir d’enfance s’impose.
Elle est petite fille et joue par terre avec des cubes en
bois, tandis que son père Georges Izard et un groupe
de jeunes intellectuels généreux, dont Emmanuel
Mounier, parlent de la fondation de la revue Esprit. « Les
mots volaient entre ces jeunes gens brillants et idéalistes.
Je crois que j’ai dû en saisir quelques bribes
et que le mot « esprit », le plus beau
des mots, est venu se nicher dans un recoin de mon cœur.
Ce mot a dû demeurer dans mon inconscient d’enfant
avec sa force, sa spiritualité, son courage face à
l’ignominie, et la paix qu’il porte en lui. »
(…)
Le contraste entre la crise de terreur et la sérénité
si inattendue, elle se l’explique par la réapparition
d’un état de pensée ancien, « un
état qui a préexisté à toutes
les inquiétudes de la vie. Un état d’enfance…
qui a surgi bien des années plus tard dans une nuit
de détresse ». Et Michelle conclut :
« Je sais que la peur reviendra, mais je sais aussi
que la sérénité est possible. »
»
|