"L'idée de ces retrouvailles
lui ôta l'envie de mourir"
« La mort intime», Marie
de Hennezel, éd. Robert Laffont, Pocket, 1995.
« Notre homme, ancien pilote de chasse de l’aviation,
adorait raconter ses exploits et tous ces moments intenses
où justement il avait risqué sa vie. On le vit,
les jours suivants, retenir à son chevet l’un
ou l’autre soignant ou bénévole de l’équipe.
Il aimait la compagnie et prenait un plaisir évident à exercer
sa séduction de conteur. Personne parmi le personnel
soignant n’avait le sentiment que cet homme avait fini
de vivre. Malgré tout, il réitérait quotidiennement
au médecin sa demande d’euthanasie.
Un jour que je me trouvais près de lui, il se surprit à me
raconter une période de sa vie, sur laquelle il pensait,
disait-il, avoir fait une croix. Il s’agissait d’un
premier mariage dont il avait eu deux filles. Une histoire
pénible sur laquelle il n’avait pas envie de revenir.
Pourquoi diable alors y pensait-il à nouveau ?
Ses filles devaient avoir la trentaine maintenant, mais il
ne savait plus rien d’elles. Pourquoi de la tristesse
venait-elle à son cœur ? « N’auriez-vous
pas envie de les revoir avant de mourir ? » m’étais-je
hasardé. « Peut-être bien »,
m’avait-il répondu.
De ce jour, il ne fut plus question d’euthanasie. Les
recherches patientes de la secrétaire du service finirent
par aboutir. On retrouva ses filles. Elles accoururent à son
chevet et, après des retrouvailles qui émurent
tout le monde, se relayèrent au chevet de leur père
pour l’accompagner. L’une des filles est religieuse,
l’autre est infirmière, et c’est en leur
présence, douce et calme, qu’il est en train de
s’éteindre. »
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