"Jean souhaitait tant la mort qu'elle
lui résistait"
Nous ne nous sommes pas dit au revoir",
Marie de Hennezel,
Robert Laffont, 2000.
« Cet homme de 40 ans que nous appellerons Jean
souffre d’un cancer des voies respiratoires, il est aveugle à la
suite d’une métastase, et son foie est lui aussi
atteint. Il est entré dans l’unité des
soins palliatifs pour y mourir et s’y prépare
en méditant. Il est bouddhiste et se présente
d’emblée comme tel. Très distant à l’égard
des soignants, il ne leur demande rien, sinon de le laisser
méditer en paix.
Quelques jours s’écoulent, l’homme est lointain,
perdu dans son monde intérieur. Puis, un matin, il demande à Yves
Camberlein [le chef de service, NDRL] de passer. Il lui explique
que la situation est devenue intolérable. Il est prêt à mourir,
mais rien ne vient. Il est comme sœur Anne au sommet de
sa tour, guettant la mort, ne voyant rien venir. Insupportable !
Il exige donc avec une certaine solennité qu’on
l’aide à mourir, c’est-à-dire qu’on
mette fin médicalement à sa vie. C’est
son souhait. C’est son droit, dit-il.
Le docteur lui explique alors que sa volonté de mourir
le met dans une tension telle que la mort ne peut venir. Pourtant
la mort est toute proche, de toute évidence. Elle attend
peut-être simplement pour arriver qu’il abandonne
un peu ses résistances. Il faut donc l’aider à se
détendre. Il lui propose alors de le faire dormir avec
un somnifère qui a un effet bref et réversible.
Il dormira quelques heures et se réveillera sans doute
plus détendu, à moins que, profitant de ce lâcher
prise, la mort n’arrive pendant ce temps.
Notre homme accepte et le médecin lui injecte 5 mg
d’Hypnovel. Il s’endort donc, et se réveille
cinq heures plus tard, apaisé. Puis s’endort à nouveau
sans qu’il ait été nécessaire de
lui injecter une nouvelle dose. Sa famille est près
de lui et le veille tendrement comme si elle pressentait que
ce sont là d’ultimes moments à partager.
Comme l’avait pensé le docteur, la mort n’a
pas tardé à venir d’elle-même. Il
est mort le lendemain. »
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