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"Je ne pouvais pas euthanasier mon père"

"Ca se discute : euthanasie, crime ou liberté ?", 6 novembre 1996.

Josiane Mattei est directrice d'école maternelle à Paris.

"Mon père est mort en 1984, il était atteint d'un cancer des os, il a été très vite en phase finale. Lorsqu'il a su – parce ce qu'il a toujours voulu savoir où il en était dans sa maladie-, qu'il était condamné -c'étaient ses termes-, il a préparé un testament dans lequel il déclarait être conscient, et demandait au médecin, et à moi, sa fille, d'intervenir en sa faveur, pour qu'il "meure dans la dignité". Il voulait éviter la souffrance, il voulait, me disait-il, mourir libre. Lorsqu'il est arrivé dans sa phase finale, (…) j'ai senti un revirement (…), il en parlait d'une façon beaucoup moins nette. J'ai senti plutôt une angoisse de mort, une peur qu'il n'arrivait pas à mettre en mots. (…)
Lorsqu'un jour il m'a dit : "mais tu sais, tu n'auras qu'un geste à faire, me mettre ces pilules dans les mains, moi je ferai la suite", je lui ai dit : "Papa, je ne le peux pas". Je ne le pouvais pas, c'était de l'ordre de l'impossible pour moi (…). Physiquement, tendrement, affectueusement, avec tout l'amour que je lui portais, je ne pouvais pas (…). Il a mis un mois pour s'éteindre, pendant lequel il y a eu beaucoup de tendresse entre nous. (…)

Et puis, la maladie a rattrapé ma mère, un cancer de la vessie et des reins. On l'a mise en soins palliatifs, pour éviter toute douleur et toute souffrance inutiles (…). La mort de maman a été très douce, parce que je me suis dit que je pouvais être présente chaque jour. Moi, je ne savais pas quand maman allait partir. Je l'ai vécu comme l'occasion de dire à ma mère que je l'aimais, de lui dire que ce n'est pas parce qu'elle était mourante qu'il n'y avait plus rien à faire au niveau de la vie, que les derniers moments de sa vie, c'étaient des moments que l'on pouvait partager toutes les deux. (…)
Et quand je lui disais : "tu sais, maman, je t'aime, sache que si demain tu n'es pas là, tu m'as donné assez d'amour pour que je puisse continuer toute seule", elle me disait : "à demain".

Et la mort de maman m'est douce, alors que la mort de mon papa m'est plus passionnelle encore, elle m'est encore très émotionnelle."

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