"A l'annonce du diagnostic, il évoqua
l'euthanasie…"
« Mourir dans l’amour », Dr Monique
Brossard le Grand, JC Lattès, 1999.
"(…) Il nous était adressé par l’Institut
Gustave-Roussy de Villejuif, pour une lésion maligne
du pharynx nécessitant un traitement par rayons. (…)
Sous l’effet de l’irradiation, la lésion
disparut. Une surveillance régulière nous permit
de penser que nous l’avions consolidée pour des
années à venir. Espoir déçu. Trois
ans après la fin du traitement, un ganglion cervical
apparut : cette récidive assombrissait le pronostic.
(…)
L’homme semblait désespéré, anéanti.
- J’ai cinquante ans, docteur, et je ne veux pas mourir,
lança-t-il soudain. Ma femme, mes enfants, mon entreprise… (…).
Jurez-moi de mettre un terme à ma vie si je souffre.
- Non, répondis-je. Je vous fais le serment de contrôler
la douleur. Pas davantage.
(…) J’allais perdre un malade auquel j’avais
fini par m’attacher, comme presque toujours lorsque le
parcours était difficile. On renonça à la
chimiothérapie, désormais inutile et aux effets
secondaires trop violents. Un fois de plus, entre l'acharnement
thérapeutique dont nous ne voyions pas la nécessité et
l'euthanasie que nous refusions, il s'agissait d'assurer la
qualité de la survie. L’état du PDG s’aggravait.
Il n’était plus possible de le maintenir à domicile :
pour contrôler la douleur, nous dûmes l’hospitaliser.
Son épouse fut autorisée à rester près
de lui pendant la nuit. Les infirmière devinrent peu à peu
les confidentes et les messagères du malade.
- J’aime la vie, docteur, ne me laissez pas mourir,
suppliait maintenant celui qui, quelques années auparavant,
voulait m’entraîner sur les sentiers de l’euthanasie.
Il n’était plus question, non plus, d’un
de ces « endormissements précoces » qui
ne laissent au malade que quelques instants de lucidité :
il désirait garder le contact avec son entourage et
conduire sa vie jusqu’à son terme réel.
C’est Claudine, une fois de plus, qui trouva la solution.
Grâce à un mélange savamment dosé dans
une grosse seringue, elle nous permit de distiller à la
demande, dans la perfusion en cours, quelques gouttes capables
d’apaiser la douleur, selon le principe des pompes à morphine
perfectionnées qu’on utilise de nos jours en milieu
hospitalier comme à domicile. (…)
- Docteur, me dit un soir le PDG, votre équipe m’épargne
la douleur physique, et vous, par votre présence, la
douleur morale. Mais ma plus grande souffrance, c’est
la destruction de la capacité d’agir. C’est
cela que l’homme d’action que je suis ressent comme
une atteinte irréversible à son intégrité profonde.
Il exprimait ainsi la tristesse de se trouver réduit à la
seule possibilité de recevoir. Du moins le croyait-il,
parce que son propre comportement était pour nous riche
d’enseignement. (…)"
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