Dr Sylvain Pourchet
de l'unité de soins palliatifs de l'hôpital
Paul-Brousse, (Villejuif).
(I) "Impact Médecin Hebdo"
n°487, 7 avril 2000.
(II) "Espace Ethique"/AP-HP, "Médecine
et justice face à la demande de mort", 2004.
(I) "Tous les patients atteints d’une
maladie évolutive mortelle expriment à un moment
ou à un autre le souhait de mourir. Ce n’est
pas pour autant une demande d’euthanasie. Leur lucidité
est altérée. Le lendemain, ils peuvent exprimer
l’espoir de guérir. Dans les deux cas, on ne
peut respecter leur demande. Poser le non au départ
constitue un repère pour ouvrir la discussion et le
cheminement personnel. Ce n’est pas disqualifier une
vraie demande mais chercher ce qu’il y a derrière,
l’aboutissement d’un raisonnement cohérent
».
Soulager la douleur physique est neuf fois sur dix possible
en moins de vingt-quatre heures."
(II) "Dans le contexte de l'unité
de soins palliatifs, nous recevons beaucoup de paroles tournant
autour de la mort. Systématiquement devrait-on dire,
si l’on interprète l’ensemble des périphrases
qu’il nous est donné d’entendre. En revanche,
les demandes de mort sont finalement assez rares. Il s’agit
plutôt d’affirmations qui n’appellent pas
véritablement de réponse : « Si je pouvais
m’endormir et ne pas me réveiller » ; «
J’aimerais que ça finisse » ; « C’est
trop dur » ; « Je voudrais partir » ; «
Vous savez, je n’ai pas peur de la mort « ;
« J’attends la fin ».
Pour un soignant, ces paroles sont d’abord un mode
d’expression, et le premier temps du soin est de rassurer
le patient sur le fait qu’il a bien été
entendu. C’est dans un second temps -sans chercher à
l’interpréter, ni à finir les phrases
à la place du patient, car on finit sans cela par travailler
sur notre propre parole- que l’on peut s’attacher
à la formulation de la demande : que voulez-vous dire
?
Ce travail de reformulation permet au patient de préciser
sa pensée, de sortir d’une parole en impasse.
De lever la confusion entre l’expression des craintes
liées à la maladie et les attentes vis-à-vis
des soignants. Un contrat réaliste va pouvoir être
établi : voici ce que vous demandez, voici ce qui est
possible. La confiance peut s’installer et le projet
de soin débuter. (…)
On perçoit combien les demandes tissent des réseaux
d’enjeux complexes et contradictoires. Commençons
donc par ne pas enfermer les paroles qui entourent la mort
sous l’étiquette univoque et impropre d’euthanasie.
Quelle relation se crée s’il n’est pas
possible pour le malade d’évoquer sa mort avec
un soignant sans craindre un passage à l’acte
? Où pourra s’exprimer librement la parole de
souffrance ? (…)
Et c’est là, que réside toute la puissance
de l’écoute et la responsabilité de l’écoutant.
Par son positionnement, il va permettre à la parole
de mort d’être une étape sur un chemin
d’adaptation, ou bloquer au contraire le processus en
confirmant qu’en effet, continuer est impossible ou
n’a pas de sens. A cet égard, soit nous utilisons
la parole dans sa fonction libératrice, soit nous contribuons
à la construction d’un enfermement infernal du
patient dans la souffrance.
Dans l’accompagnement en fin de vie, on découvre
avec un peu d’effroi que c’est de notre capacité
d’écoutant à recevoir la demande de mort
que vient l’apaisement ou la violence. (…) Le
passage à l’acte en réponse à une
demande de mort ne constituerait tout simplement pas une réponse
soignante. L’acte de soigner consiste à soulager
une souffrance, pas à faire disparaître le souffrant."
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