Dr Jean-Christophe Rufin
écrivain, président d'Action contre la faim,
ancien vice-président de Médecins sans frontières.
FR3, "Culture et dépendances: Face à
la souffrance", 23 janvier 2004.
"Le médecin est pour la vie contre la mort. (…)
Quand vous entrez, pour la première fois de votre vie,
dans la chambre d'un mélancolique, c'est-à-dire
quelqu'un qui fait une dépression grave, et que vous
dites ça, le patient vous répond "pas du
tout, la mort est préférable, et d'ailleurs,
je suis en train de la préparer", vous répondez
: "non, la vie est préférable à
la mort". Et puis vous donnez des anti-dépresseurs,
vous donnez un traitement -qui peut d'ailleurs aller assez
loin, puisqu'il y en a un certain nombre, y compris les cismothérapies.
Et vous revenez quinze jours après, et vous avez ce
patient qui vous dit : "je ne sais pas ce qu'il m'est
arrivé, mais vous m'avez sauvé la vie",
et il n'a plus du tout envie de mourir. Donc si nous avions
accédé à sa demande, au moment où
il nous demandait de mourir, on aurait été des
criminels, et non des médecins. Là-dessus, on
est obligé de rester sur une position très très
dure, sinon notre métier disparaît."
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