"Ce qu'elle voulait, c'était
toucher ce médecin"
« Nous
ne nous sommes pas dit au revoir »,
Marie de Hennezel, éd.
Robert Laffont, 2000.
« J’ai toujours présente à l’esprit
cette histoire que m’a racontée un jour un médecin
généraliste. Il rendait tous les jours visite à une
femme en phase terminale d’un cancer du sein. Cette femme
n’avait jamais accepté que sa gynécologue
n’ait pas su dépister son cancer. Elle ne manquait
pas une occasion d’exprimer sa colère vis-à-vis
d’elle. Chaque jour, elle faisait part au médecin
de son ressentiment, et le prenait à partie, lui aussi,
car elle estimait qu’elle était mal soulagée,
qu’il ne passait pas assez de temps avec elle. Bref,
chaque visite était une avalanche de reproches.
Bientôt, cette femme a réclamé qu’on
hâte sa fin. Elle ne supportait plus son état,
ni cette haine qui l’habitait jour et nuit. Un jour,
alors que sa violence à son adresse, était plus
forte encore, il se surprit à prendre sa tête
dans ses mains, en un geste de lassitude extrême, et
laissa échapper : « Mon Dieu !
Comme ça doit être affreux d’être à votre
place ! Je ne sais vraiment plus quoi faire avec vous ! ».
A sa grande surprise, elle cessa immédiatement de se
plaindre, et il vit que son visage avait changé. Elle
semblait profondément ébranlée, quelques
larmes se sont mises à couler en silence. A partir de
ce jour, sans qu’il ait été question de
ce court moment qui pourtant a tout changé, cette femme
a cessé de réclamer la mort et de se plaindre
de ses douleurs. Le médecin a eu l’impression
qu’elle se laissait couler dans une relative sérénité.
Que s’est-il passé ? En réclamant
la mort, cette femme ne cherchait-elle pas à provoquer
le médecin ? A l’atteindre, à le rencontrer,
au-delà de sa fonction de médecin ? N’attendait-elle
pas précisément qu’il se montre ?
Vulnérable, las, au bout du rouleau, comme elle ?
N’y a-t-il pas eu dans ce court moment une rencontre
humaine, un « échange » ? »
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