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...Vous vous interrogez sur une situation d’acharnement thérapeutique  
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"Nous respectons l'envie de mourir de nos malades"

François Blanchard, professeur de gériatrie dans un hôpital de Reims,
entretien avec Marie de Hennezel, mars 1999,
"Nous ne nous sommes pas dit au revoir", Robert Laffont, 2000.

"François Blanchard respecte quant à lui les vieillards qui « tirent les rideaux ». C’est un âge où les corps sont fragiles, usés. Quand les vieillard n’ont plus le désir de vivre, ils meurent assez vite. Ils se laissent glisser doucement et sereinement dans la mort. (…)
Avant de se demander si on est dans l’"excès de soins", il faut se demander s’il n’y a pas "défaut de soins". Cette évaluation n’est pas facile. Il faut connaître la personne, savoir si elle a encore le désir de vivre, si elle en a encore le goût. Il faut donc parler, confronter les points de vue à l’intérieur de l’équipe.

C’est ce que font François et son équipe. La difficulté de leur tâche, lorsqu’ils sont en présence d’un vieillard qui se « laisse glisser », est de faire la différence entre la dépression et la position sereine de celui qui a le sentiment d’avoir fait sa vie et qui a envie de retrouver les siens.
"Cliniquement, ça n’a pas la même tonalité. Chez les uns, il y a une tristesse affreuse, un désespoir, une souffrance morale. Chez les autres, il y a le sentiment tranquille d’avoir fait son temps. La lampe n’a plus d’huile, on est au bout du rouleau, il n’y a plus beaucoup de raisons de vivre. Le vieillard se laisse aller paisiblement".

François Blanchard et son équipe alors les accompagnent, veillant seulement à ce qu’ils ne se déshydratent pas et ne souffrent pas. Bien que son service soit un service de court séjour, destiné à soigner les pathologies liées à la vieillesse, François s’est formé aux soins palliatifs et considère que cela fait partie de son rôle de médecin d’accompagner ses patients lorsqu’ils sont arrivés au bout de leur chemin. (…)

"Aujourd’hui, grâce aux progrès dans les traitements de la douleur et de l’angoisse, la question [de l'euthanasie] ne se pose plus et puis on a appris à communiquer avec les mourants. On sait que lorsqu’on ne peut plus parler, la communication de cœur à cœur est essentielle. Donc les soignants sont moins démunis au chevet des mourants. Les vraies demandes d’euthanasie sont donc exceptionnelles.
Les malades disent plutôt : « Laissez-moi mourir ! Laissez-moi tranquille ! » Je respecte leur désir. Je leur promets que je ne les enverrai pas en réanimation s’il y a quelque chose de grave, je ne leur ferai pas de perfusion inutile, sauf pour les hydrater s’ils souffrent. Quand je dis cela aux gens, ça les rassure, et ça se passe bien… Car ce qui les angoisse, c’est d’être obligés de survivre dans des conditions inacceptables… Bien sûr les situations difficiles existent, par exemple, les patients agressifs, délirants et qu’on arrive pas à soulager avec des antalgiques. Cela nous arrive quelquefois de faire une sédation (1) quand on ne sait plus quoi faire."

(1)