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...Vous vous interrogez sur une situation d’acharnement thérapeutique  
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"Nous décidons d'interrompre tout traitement pour Rébecca"

"Ne pleurez pas, la mort n’est pas triste",
d’Elisabeth Mathieu-Riedel, Ed Mame, Criterion, 1997.

Le Dr Matthieu-Riedel raconte les derniers jours de Rébecca, en unité de soins palliatifs.

"(…) Les jours suivants, nous sommes obligés d’installer des barrières au lit de Rébecca parce qu’elle se lève la nuit, désorientée. Cette femme si charmante, si délicate, a des périodes de désorientation de plus en plus longues et perd très vite toute appréhension du monde extérieur. Nous sommes tous très affligés. Toute l’équipe soignante s’est prise d’affection pour elle.

Rébecca s’enfonce progressivement dans le coma, accompagné de mouvements d’enroulement : sans arrêt, elle lève un bras puis l’autre, d’une manière totalement mécanique. Ces gestes donnent une sensation de vertige à l’entourage hébété. Elle n’a plus aucun contrôle des fonctions motrices : son cerveau, envahi par les métastases, semble désormais déconnecté. Je prescris de la cortisone pour diminuer l’œdème péritumoral et éviter ainsi les douleurs liées à l’hypertension dans la boîte crânienne.

Pour la famille, la souffrance est atroce. Ces mouvements obsédants, ce manque total de communication… Le mari ne supporte plus de la voir ainsi gesticuler. Je lui promets alors de tout faire pour interrompre ces mouvements, le temps de ses visites. Ainsi, chaque jour, juste avant l’arrivée de son mari, je donne à Rébecca un calmant pour l’endormir après concertation avec l’équipe. Une sédation temporaire est justifiée pour soulager la famille aussi.

Les jours passent. Aucune amélioration. Le mari de Rébecca et sa fille me demandent d’interrompre tout traitement et toute alimentation. J’accepte de le faire, mais progressivement : mon seul souci est que Rébecca vive la dernière étape de sa vie, de la manière la plus confortable possible. Arrêter ainsi tout traitement, est-ce donc pratiquer l’euthanasie ? Certains emploient le terme d’"euthanasie passive". (…) L’euthanasie consiste à donner délibérément la mort. [Or], (…) en pratiquant l’abstention thérapeutique, nous ne cherchons pas à interrompre la vie, mais à respecter la personne en train de mourir. Le devoir du médecin n’est pas de guérir, mais de soigner, c’est-à-dire de prendre soin ,de soulager la personne jusqu’à sa mort. (…)

Ainsi, Rébecca s’est éteinte la semaine suivante, entourée de son mari et de ses deux enfants, emportant avec elle son mystère."

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