"Nous décidons d'interrompre
tout traitement pour Rébecca"
"Ne pleurez pas, la mort n’est
pas triste",
d’Elisabeth Mathieu-Riedel, Ed Mame,
Criterion.
Le Dr Matthieu-Riedel raconte les derniers jours de Rébecca,
en unité de soins palliatifs.
"(…) Les jours suivants, nous sommes obligés
d’installer des barrières au lit de Rébecca
parce qu’elle se lève la nuit, désorientée.
Cette femme si charmante, si délicate, a des périodes
de désorientation de plus en plus longues et perd très
vite toute appréhension du monde extérieur. Nous
sommes tous très affligés. Toute l’équipe
soignante s’est prise d’affection pour elle.
Rébecca s’enfonce progressivement dans le coma,
accompagné de mouvements d’enroulement :
sans arrêt, elle lève un bras puis l’autre,
d’une manière totalement mécanique. Ces
gestes donnent une sensation de vertige à l’entourage
hébété. Elle n’a plus aucun contrôle
des fonctions motrices : son cerveau, envahi par les
métastases, semble désormais déconnecté.
Je prescris de la cortisone pour diminuer l’œdème
péritumoral et éviter ainsi les douleurs liées
à l’hypertension dans la boîte crânienne.
Pour la famille, la souffrance est atroce. Ces mouvements
obsédants, ce manque total de communication… Le
mari ne supporte plus de la voir ainsi gesticuler. Je lui promets
alors de tout faire pour interrompre ces mouvements, le temps
de ses visites. Ainsi, chaque jour, juste avant l’arrivée
de son mari, je donne à Rébecca un calmant pour
l’endormir après concertation avec l’équipe.
Une sédation temporaire est justifiée pour soulager
la famille aussi.
Les jours passent. Aucune amélioration. Le mari de
Rébecca et sa fille me demandent d’interrompre
tout traitement et toute alimentation. J’accepte de le
faire, mais progressivement : mon seul souci est que Rébecca
vive la dernière étape de sa vie, de la manière
la plus confortable possible. Arrêter ainsi tout traitement,
est-ce donc pratiquer l’euthanasie ? Certains emploient
le terme d’"euthanasie passive". (…)
L’euthanasie consiste à donner délibérément
la mort. [Or], (…) en pratiquant l’abstention thérapeutique,
nous ne cherchons pas à interrompre la vie, mais à respecter
la personne en train de mourir. Le devoir du médecin
n’est pas de guérir, mais de soigner, c’est-à-dire
de prendre soin ,de soulager la personne jusqu’à sa
mort. (…)
Ainsi, Rébecca s’est éteinte la semaine
suivante, entourée de son mari et de ses deux enfants,
emportant avec elle son mystère."
|