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...Vous vous interrogez sur une situation d’acharnement thérapeutique  
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"Pourquoi Magali consentit-elle à ce traitement si agressif ?"

Dr Monique Brossard le Grand,
«  Mourir dans l’amour », JC Lattès, 1999.

"A quelque temps de là, une hospitalisation pour un bilan général fit découvrir une tumeur ovarienne…
(…) Bravement, Magali repartit en guerre, mais cette fois sans conviction. Confiée à un excellent cancérologue, elle entreprit un nouveau parcours thérapeutique. (…) Le protocole prescrit était appliqué dans une clinique proche de son domicile. Magali supportait mal la chimiothérapie. J’alertai sa fille, tentai de convaincre la malade de reprendre contact avec son médecin référent. Peine perdue : l’argument de la proximité l’emportait sur toute autre considération. Même quand les séances de chimio commencèrent à se succéder à un rythme inhabituel, elle s’y soumit sans poser de questions.

Et pourtant, à peine quelques jours de liberté lui avaient-ils permis de retrouver son jardin, ses fleurs et son chien, qu’elle devait retourner, vomissante, à son lieu de torture. Sa fille, sa famille se félicitaient des bons soins que lui dispensait la clinique.
Que pouvais-je faire ? Je n’étais pas son médecin, je ne pouvais plus l’être. Le respect de la déontologie impose parfois une passivité qui ressemble à de la démission. (…) Magali ne m’écoutait pas. Nous nous téléphonions pourtant régulièrement, mais elle se montrait toujours aussi favorable à ce traitement qui la martyrisait et dans lequel je ne voyais, moi, qu’un acharnement thérapeutique suspect.

Quelques jours avant Noël, j’appelai la clinique : Magali, désormais en phase terminale, n’en sortait plus guère. « Viens ! » murmura-t-elle dans un souffle. (…) Je me précipitai à la clinique (…). Magali me tendit faiblement une main décharnée, noircie d’ecchymoses. Dans son visage amaigri, d’une extrême pâleur, on ne voyait que deux narines dilatées par des tampons rougis de sang -par manque de plaquettes, sans doute. (…) Entourée par sa mère, sa fille et deux proches serrés les uns contre les autres comme pour mieux se protéger de ce qui allait venir, Magali n’était plus qu’une momie agonisante. (…)

En quittant la chambre, je croisai son médecin. Un grand gaillard au visage carré, renfrogné, qui arpentait le couloir, encoure chaussé de ses bottes de chirurgien… Cet homme-là n’avait-il jamais regardé Magali ? L’avait-il écoutée, elle ou n’importe lequel de ses malades ? Magali mourut dans la nuit, victime d’un acharnement thérapeutique incontrôlé. (…)

Consciente jusqu’au bout, Magali était attentive à l’évolution de son mal ; elle savait combien discutable était la prolongation d’un traitement curatif. Son insistance à se rendre à la clinique durant les derniers mois ressemblait fort à une autopunition. Etait-elle fascinée par le pouvoir médical ? Voulait-elle fuir une mère envahissante, castratrice, qui la poursuivait chez elle de soins trop possessifs, ou le reproche que lui faisait sa fille d’avoir aimé un autre homme que son père ? Tout cela à la fois, peut-être…
Toujours est-il qu’à toutes ces choses elle préférait encore les séjours répétés et douloureux à la clinique.

Un jour, pourtant, elle supplia qu’on adoucît le traitement. On changea donc le protocole, mais, mis en œuvre sans l’accord du médecin référent, le nouveau traitement se révéla plus pénible encore que l’ancien. Magali était morte dans la souffrance, mais aussi -et c’est pire- dans l’indifférence de ceux qui étaient censés la soigner et l’accompagner jusqu’à son terme."

 

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